Sikidy (suite) : Ouvrir ce qui est fermé
21 janvier 2026 // Soatoavina // 1708 vues // Nc : 192

Après avoir évoqué les principes généraux du sikidy, il reste à lever un malentendu tenace. Non, le sikidy n’est ni un art obscur ni une pratique ésotérique réservée à quelques initiés auréolés de mystère. Il repose avant tout sur un savoir ancien, structuré, et sur une capacité particulière : celle de lire, d’interpréter et de relier les figures qui se présentent.

Il n’existe pas un sikidy, mais des sikidy. Sikidy an-damaka, sikidy vintà, tokana, sikidy karazana… chaque forme répond à un usage précis : décision familiale, orientation de vie, résolution de conflit, lecture d’un événement à venir ou compréhension d’un déséquilibre déjà présent. Les figures sont les mêmes, leur combinaison aussi. Ce qui change, profondément, c’est la lecture. Car une figure ne parle jamais toute seule. Elle se laisse comprendre à travers celui — ou celle — qui la lit. Deux mpisikidy peuvent poser les mêmes graines, obtenir la même figure, et pourtant en donner des lectures différentes. Non pas parce que l’un se trompe, mais parce que la lecture dépend de la sensibilité, de l’expérience, du vécu, et parfois même de l’état d’esprit du moment. Le sikidy est moins une science exacte qu’un langage relationnel.

Dans la société malgache, le mpisikidy occupe une place à part. Respectée, souvent consultée dans les moments charnières, cette figure n’est pas un devin au sens spectaculaire du terme. Il est un médiateur. Un passeur entre le visible et l’invisible, entre les faits et ce qui les relie. Son rôle n’est pas d’annoncer une fatalité, mais d’éclairer une situation, de proposer une lecture, parfois d’ouvrir un choix.

Dans de nombreux cas, cette pratique se transmet. De génération en génération. Les familles de mpisikidy existent, et leur réputation repose sur le temps long, l’épreuve des situations, la justesse des lectures répétées. Les meilleurs sont souvent ceux qui ont grandi avec ce langage, presque sans l’apprendre. Mais l’héritage n’est pas une condition absolue. Il arrive qu’une personne, sans ascendance directe, développe une sensibilité particulière. Avec de l’apprentissage, de l’écoute et du respect, elle peut devenir un mpisikidy reconnu. Le sikidy n’est pas fermé, mais peut aussi se mériter. Ce qui se joue là n’a rien de spectaculaire. C’est une relation intime avec l’esprit, le métaphysique, le lien. Une pratique discrète, enracinée, qui continue d’exister parce qu’elle répond encore à une question essentielle : comment lire ce qui nous arrive, quand les mots ne suffisent plus.

Radamaranja

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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