Prisca Ratovonasy : Tantara et identité
3 mars 2026 // Arts de la scène // 4072 vues // Nc : 194

Entre la nostalgie et les questions identitaires, il y a « Au fil des maux de la culture », une série radiophonique, une fiction, imaginée par la scénariste et réalisatrice autodidacte, Prisca Ratovonasy. Basée en France, elle s’inspire de son pays natal, Madagascar, pour proposer un drame qui fera le tour des festivals cette année, produit par Parallèle.

Entre Prisca Ratovonasy et les « Tantara gasy », il ne s’agit pas d’un simple souvenir d’enfance. C’est une fidélité. Née à Madagascar, elle se rappelle ces rendez-vous hebdomadaires près de la radio, avec sa grand-tante et sa mère. « On essayait, avec mes cousins et cousines, de grapiller un maximum de temps pour ne pas aller se coucher », sourit-elle. Le récit comme refuge, déjà. À neuf ans, elle change de décor. La France, la différence, un nouvel apprentissage. Mais les souvenirs, eux, ne s’effacent pas. « Je parlais souvent en malgache en cachette dans ma chambre. Je prenais des cailloux, je dessinais à la craie et je faisais des Tantara. C’était ma façon de continuer à pratiquer la langue malgache », fait-elle savoir. Cette mémoire vivante, presque clandestine, irrigue aujourd’hui son travail.

Après un premier podcast remarqué, Les enfants des bruits et de l’odeur, Prisca se tourne vers la fiction avec Au fil des maux de la culture. Une série de dix épisodes de vingt minutes, écrite en collaboration avec Manal Kalou, spécialiste de l’audiovisuel. Elle y raconte le parcours de Noro, metteuse en scène et mère célibataire d’origine malgache, confrontée aux injonctions multiples alors qu’elle monte un spectacle. « L’histoire traite de thématiques différentes sur ce que les personnes issues des diasporas peuvent traverser », résume-t-elle. Son approche n’a rien d’improvisé. « J’ai commencé à travailler sur ces questions d’identités diasporiques pendant mes études en psychologie », explique-t-elle, évoquant aussi ses années passées au Vietnam, décisives pour affiner son regard. Deux ans d’écriture, des interviews dans plusieurs pays : la fiction s’ancre dans le réel.

La force du projet réside dans son travail sonore. « C’était important d’enlever l’image et de créer uniquement avec les voix et les sons. On a utilisé les micros comme une caméra, pour travailler la profondeur, les distances, l’épaisseur du son », expose l’artiste. Avec son ingénieur du son, elle construit une narration immersive, précise, presque tactile. Le titre s’inspire du fil du lamba, « qui crée des choses qui restent dans le temps et nous accompagnent de la naissance jusqu’à la mort ». Si la série est en français et en anglais, Prisca y voit un hommage à sa culture, et à sa mère. En pleine production, elle lance d’ailleurs un appel à des acteurs malgaches pour incarner les parents de Noro. Manière de rester fidèle à la source. Toujours.

Rova Andriantsileferintsoa

Contact : prisca@tantara.fr

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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