Odéam Rakoto : Maître du théâtre de brousse
3 juin 2022 // Arts de la scène // 11249 vues // Nc : 149

Il aurait eu centans cette année. Odéam Rakoto, né en avril 2022 est une figure emblématique du théâtre malgache. Des pièces en malgache ou traduite en malgache, son amour pour Rabearivelo, sa fascination pour Molière, son engagement pour l’éducation à travers le théâtre, tout cela a animé Odéam Rakoto, précise Doly Odéamson, son fils aîné.

Homme de théâtre, de danse et de musique, Odéam Rakoto était surtout un défenseur de la culture et de la langue malgache. Il tombe très tôt dans le monde artistique en publiant, à 12 ans, ses premiers poèmes dans la rtevue protestante Teny Soa. Après avoir été mécanicien d’avion et mécanicien dans le port de Toamasina (Tamatave), il revient à sa passion, l’art. « Mon père est le dernier de cinq enfants. Ses parents l’ont envoyé à l’école protestante Ambatovinaky pour qu’il devienne percepteur ou fonctionnaire. Et c’est là-bas, qu’il découvre le théâtre auprès du comédien Rabarinjaka qui lui demande d’intégrer sa Troupe Ramanda. Il a rencontré Madame Christine, la mère de Lalao Rabeson, Rose Lala, la fondatrice de Radio Tananarivo.  Elle lui a demandé d’animer une émission de chansons humoristiques qui parle de la vie quotidienne et qui a fait sensation auprès des auditeurs. » Ses camarades de classe le surnommaient Odéam, le verlan de maedo (maestro)  mais son vrai nom est Rakotovao. Il décide alors de créer des pièces ou des chansons engagées comme « Aody ry Iarivo », « Tra-boina » ou « Mifalia ny tany mamiko »

Il avait du mal à accepter l’exil de Ranavalona III en Algérie et crée la pièce Zana-baliha. « Ce sont des thèmes qui intéressent son public, c’est-à-dire, la patrie, l’indépendance… Mon père était nourri par le spleen de Rabearivelo. On retrouve beaucoup de mélancolie dans ses pièces même si elles sont teintées d’humour. »

À 30 ans, Odéam créé sa propre troupe qui apparaît longuement dans le film français La Bigorne, Caporal de France. En 1958, lors de la tournée du Théâtre de l’union culturelle à Madagascar, on lui a demandé d’expliquer la pièce La Jalousie du Barbouillé, mais en malgache. Il découvre ainsi les œuvres de Molière et n’hésite pas à traduire L’Avare ou Ralaikahidy, Les Fourberies de Scapin ou Isambilo Katsepy, mais également Le Médecin malgré lui ou Dokotera tsy fidiny. « Pour la petite anecdote, une dame est passée nous voir il y a quelques années en disant être la fille d’Odéam. Bien sûr, nous étions étonnés. Mais elle nous a expliqué qu’à force de rire, sa mère a accouché durant la pièce Ralaikahidy. Odéam lui a donné le nom d’Odette et lui a dit qu’elle pouvait assister à toutes les pièces de théâtre qu’elle veut jusqu’à sa mort. »

À chacune de ses représentations, le public était enthousiaste. Odéam aime son pays et trouve espoir en 1960, jour de l’indépendance de Madagascar. Même s’il ne fait de politique, il est content que Madagascar revienne aux Malgaches et il fallait célébrer cela. Il crée la chanson Azonay e ! Tsy avelanay. « Notre père nous a toujours appris à ne pas faire de discrimination. Madagascar est pour tous les Malgaches et nous ne faisons qu’un. Ici, chez nous, à Ambohitahara, nous avons aménagé un endroit pour recevoir les artistes de toute l’île, de l’Androy, du Bestimisaraka… »

Grâce à son engagement, son amour pour la patrie, le président Tsiranana le nomme directeur artistique de la troupe nationale baptisée Ravinala et Gilles Ramarison en tant que directeur de la musique. La troupe réalise une tournée en Allemagne, en Grèce et en France. « Pour information, Bodovoahangy, la première Miss Madagascar a également joué dans cette troupe ainsi que plusieurs comédiens originaires de Tuléar (Toliara), Mahajanga… » Durant leurs tournées, Odéam est repéré par Jean Vilar, le fondateur du festival d’Avignon. Il lui propose de suivre un stage de théâtre pendant six mois à la rue Blanche à Paris. Grâce à ce stage, Odéam réalise que le théâtre peut être déplacé en dehors d’une salle. Revenu à Madagascar, il lance le théâtre décentralisé, un théâtre plus près du peuple, des gens de la campagne. Pour lui, le théâtre a plusieurs fonctions comme la valorisation des cultures locales, un moyen de renforcer l’unité nationale, un médium efficace pour éduquer particulièrement les populations rurales.

Conscient de ce que le théâtre peut apporter au sein de la société, il fonde en 1964, l’Imadefolk ou Institut malgache d’art dramatique et de folklore, la première et la seule véritable école d’art dramatique à Madagascar. Il travaille en étroite collaboration avec le Centre culturel Albert Camus (CCAC), l’actuel Institut français de Madagascar. « Il faisait beaucoup de spectacles, de formations pour les jeunes. Pour lui, le théâtre était un moyen de contribuer au développement d’une société. » Il a donc décidé de faire des tournées de brousse et de donner des spectacles éducatifs dans différents villages. Malheureusement, en 1972, il s’écroule sur la scène de Behenjy durant la représentation de Rafatro, une adaptation malgache de La Jalousie du Barbouillé. Après une année d’hospitalisation, il décède en 1973, à l’âge de 51 ans. Aujourd’hui, ce sont ces enfants qui perpétuent la tradition avec la troupe Landyvolafotsy.  


Aina Zo Raberanto  

La troupe Odéam Rakoto.
Représentation de la pièce Sazy Mihantona.
Doly Odéamson, fils aîné de Odéam Rakoto et directeur artistique de la compagnie Landyvolafotsy.
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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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