Une Faucheuse débutante, une âme qui refuse de partir et un film fabriqué avec de l’intelligence artificielle. Récemment sorti, Death’s First Day de NirinA participera au Global Film Festival 2026. De quoi remettre l’IA et le septième art autour de la même table, même si personne n’a encore pensé à inviter la Faucheuse.



Comment est né ce film d’animation ?
J’avais vu une vidéo avec un Cupidon personnifié dans un univers moderne. J’ai alors demandé à Gemini de me proposer différents archétypes liés à la mort, comme le passeur d’âmes ou la Parque. La Faucheuse m’a immédiatement accroché. J’ai voulu prendre l’idée à contre-pied. Et si elle était gentille ? J’avais déjà écrit une première version du scénario sans IA, qui contenait environ 70 % du film final. Après le décès de mon père, j’avais beaucoup réfléchi à la mort, au deuil et à ce qui pouvait se trouver après. Ces réflexions ont nourri l’histoire d’un père et d’un fils qui n’ont pas eu le temps de tout se dire. Mais l’humour était important. C’est une porte d’entrée. Le spectateur baisse sa garde avant que l’émotion arrive.
Un film travaillé avec l’IA, est-ce encore du cinéma ?
Pour moi, si une histoire fait ressentir quelque chose de vrai, c’est du cinéma. L’IA a changé les outils, pas ce qui fait un film. J’ai utilisé Claude pour retravailler le scénario, Seedream pour les visuels, Seedance 2.5 pour les vidéos et Suno pour la musique. Mais il faut choisir les cadrages, les mouvements, les décors, les personnages et leur direction. L’IA est un outil qu’il faut apprendre à diriger. J’ai écrit, préparé les personnages et les décors, généré les plans et réalisé le montage. Une vidéo de 30 secondes pouvait demander quinze minutes de génération et plusieurs essais. La séquence d’action centrale, qui dure environ deux minutes à l’écran, a nécessité 98 générations. Au total, les dix minutes du film représentent environ 222 heures de travail.
Comment le public a-t-il reçu le film ?
Il a dépassé 36 000 vues sur Reddit et 360 000 sur Facebook, avec 17 000 réactions et 1 800 partages. Mais les chiffres sont presque secondaires. Un père atteint d’un cancer m’a écrit qu’il ferait tout pour que son enfant puisse voir le film lorsque le moment viendrait. Ce message m’a énormément marqué. Il rejoint aussi mon rapport à la mort. À Madagascar, un décès mobilise la famille et l’entourage autour du défunt. En France, la mort est davantage tenue à distance. Je pense que cette différence se retrouve dans le film. Même s’il est en anglais, je l’ai partagé avec des sous-titres français et malgaches. Plus de 6 000 films ont été soumis au Global Film Festival 2026. Une sélection serait une immense fierté, mais sa date limite m’a surtout obligé à aller au bout. Maintenant, je prépare un nouveau court métrage pour un autre festival.
Et maintenant, quel est votre prochain projet ?
Je me suis accordé une semaine de « vacances », puis je me suis lancé dans un nouveau projet. Aujourd’hui, les belles images, tout le monde peut en générer. Ce qui fait la différence, c’est ce qu’on raconte. C’est là que les choses deviennent intéressantes.
L’outil peut produire une image spectaculaire en quelques secondes, mais il ne sait pas forcément pourquoi cette image doit être là. Pour ceux qui veulent commencer, je dirais donc de commencer par l’histoire. Le reste vient ensuite. Après tout, Méliès avait déjà compris que le cinéma pouvait transformer l’impossible en quelque chose de très concret. L’IA change simplement la taille de la boîte à outils.
Propos recueillis par Lucas Rahajaniaina
Facebook : NirinA
Photos fournies par NirinA