Motu Ula Ula : Des hanches et des histoires
4 octobre 2025 // Arts de la scène // 9591 vues // Nc : 189

Loin des clichés d’une danse exotique, l’ori tahiti raconte des histoires, exprime des émotions, libère les corps. À travers Motu Ula Ula, , littéralement « l’île rouge » en tahitien, cette discipline s’ancre peu à peu dans le paysage culturel malgache.

Début septembre, à l’hôtel du Louvre d’Antaninarenina, la salle a vibré comme sous l’effet d’un séisme. Les grondements des toere – ces tambours polynésiens capables de faire battre le cœur plus vite – ont fait trembler la terre autant que les corps. Puis les danseuses de Motu Ula Ula sont entrées et ont offert une immersion dans l’ori tahiti, cette danse traditionnelle polynésienne où les hanches parlent et les bras récitent des poésies. Créé il y a trois ans, le groupe Motu Ula Ula compte actuellement une quinzaine de membres, issues de toutes les classes d’âge. « Il n’y a pas d’âge pour danser l’ori tahiti, pas de genre non plus, même si nous ne comptons pas encore de membre masculin pour l’instant. Mais ça viendra », souhaitent les danseuses.

L’ori tahiti est tout sauf une simple chorégraphie. On croit souvent qu’il s’agit d’une danse exotique, d’un simple déhanchement gracieux. En réalité, c’est un langage codé où chaque geste, chaque vibration des hanches ou inclinaison du bras a une signification précise : amour, peur, surprise, stupéfaction. « Les pas et les gestes ne sont pas que des ornements. Ils forment des mots, et leur enchaînement compose une histoire que le public comprend », explique Ny Aina Raharinarivonirina, fondatrice et chorégraphe du groupe. Formée à Paris, cette polyglotte parlant couramment le tahitien a ramené cette discipline à Antananarivo en 2022, convaincue que les contes polynésiens pouvaient dialoguer avec l’imaginaire malgache. La troupe a ainsi dansé sur Isekely de Mahaleo ou encore adapté les contes de Trimobe et d’Ikotofetsy.

Mais derrière la grâce, il y a l’endurance. S’accroupir, se relever d’un bond, maintenir deux minutes d’ondulations frénétiques dans un solo d’otéa… c’est presque un marathon. Cela demande une condition physique redoutable. « C’est très sportif, mais tellement libérateur », souffle Annick Ramino. Ancienne danseuse de danse latine, elle a trouvé dans l’ori une liberté rythmique insoupçonnée. Les membres de Motu Ula Ula revendiquent aussi une esthétique différente de celle qu’imposent souvent les scènes de danse occidentales. Ici, pas de taille mannequin exigée. « Nous sommes fières de nos corps », assurent-elles avec aplomb. Leurs rondeurs donnent du volume, de la sensualité aux ondulations, défiant ainsi les clichés.

À Antananarivo, l’ori tahiti reste encore confidentiel. Mais ailleurs dans le monde, il fait l’objet de compétitions en Europe, en Asie ou aux États-Unis. Motu Ula Ula rêve d’y hisser haut le nom de Madagascar. « Ce n’est qu’une question de temps », sourit Ny Aina. En attendant, elle travaille à la vulgarisation de cette discipline qu’elle qualifie de langage universel.

Solofo Ranaivo

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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