Max Fontaine « Le combat pour reverdir Madagascar continue »
5 août 2023 // Que sont-ils devenus ? // 7184 vues // Nc : 163

En 2019, Max Fontaine et Loïc Anslot ont co-créé Bôndy, une entreprise sociale dans le secteur de la reforestation à Madagascar. À cette époque, ils se sont lancé l’objectif de planter 1 million d’arbres. Un article dans la rubrique « IN & OUT » leur a été consacré dans le nocomment® magazine en janvier 2020. Nous sommes aujourd’hui en 2023 et nous avons rencontré le CEO de Bôndy, Max Fontaine pour savoir ce qu’ils sont devenus.

L’ambition d’entrer dans le Guinness des Records a-t-elle été atteinte ?
En 2019, l’objectif a été de rentrer dans le Guinness des Records en plantant un million d’arbres en une journée. Malheureusement, ce projet-là n’a pas pu se faire et ça a fait beaucoup de mal à l’entreprise et aux équipes.
Après cet échec, on n’est même pas reparti de zéro, on était au négatif, car on avait perdu des collaborateurs et beaucoup de crédibilité. Au final, on s’est retrouvé à n’être plus que 4 collaborateurs autour de la table. J’ai même failli abandonner à ce moment-là, car on avait mis un an à élaborer le projet et que c’était parti dans le vent.
Toutes nos économies personnelles étaient parties en fumée. De plus, Bôndy est né durant le Covid-19 et que ce genre d’entreprise n’existait pas encore dans le pays, on n’avait pas de référentiel. On ne savait pas comment allait se passer la suite.

Mais vous avez quand même continué…
Néanmoins, on s’est dit qu’on allait le projet, car c’est une nécessité pour Madagascar. Toutefois, au lieu d’essayer de faire de gros projets d’un coup, nous sommes repartis sur des bases plus saines : des plus petits projets de reboisement axés vers les paysans, qu’on peut maîtriser et ne pas dépendre de beaucoup de personnes. Pour avoir l’impact souhaité, nous avons commencé par faire des projets RSE financés par le secteur privé. Cela nous a permis d’apprendre le métier. Lorsqu’on a réussi à planter 1500 arbres en une journée, on s’est rendu compte que planter 1 million d’arbres en une journée relevait plutôt de l’utopie. Le métier est beaucoup plus difficile qu’on ne l’imaginait et ça nous a rendus humbles de nous prendre une grosse claque à la figure comme ça. La première année, on a planté 75 000 arbres et c’était hyper difficile, car il y avait une grosse sécheresse à l’époque. Il est également très compliqué d’apprendre à travailler avec les entreprises, les autorités locales ainsi que les communautés locales.
Au final, toutes ces épreuves nous ont endurcis et d’année en année, nous nous remettons toujours en question. On peaufine notre modèle afin de planter de plus en plus d’arbres dans différentes régions de Madagascar. Aujourd’hui, nous sommes présents dans 8 différentes régions de Madagascar. Nous avons fini par atteindre le million d’arbres, mais Bôndy ne se limite plus à des objectifs quantitatifs. Maintenant, on sait que c’est surtout l’impact dans chaque communauté, dans chaque foyer paysan qui compte.

Le fait d’être passé chez Nexta en 2019 vous a-t-il aidé ?
Oui, cela a été un catalyseur de notre développement et nous a donné de la crédibilité. Nous avons pu travailler dans de bonnes conditions sans oublier le mentoring de Carole, la directrice générale de Nexta. En 2022, nous avons atteint le million d’arbres. C’est sûr qu’avoir atteint ce chiffre est une fierté, mais on ne considère pas que l’objectif est atteint. Au contraire, plus on avance, plus on se rencontre que le chantier est encore gigantesque et qu’il faudrait 1000 Bôndy pour résoudre le problème de la déforestation. En 2019, au moment de l’interview avec no comment®, on était 4 ou 5 dans l’équipe. Aujourd’hui, nous sommes plus de 120 collaborateurs à temps plein. Les premières années ont été extrêmement difficiles et remplies de sacrifices. Même aujourd’hui, c’est toujours le cas, mais on est mieux armé face à l’adversité, car on connaît maintenant le métier et on a plus d’expériences, ce qui fait qu’on a une certaine crédibilité.

Que faites-vous concrètement de nos jours ?
Nous faisons aujourd’hui dans l’agroforesterie et aussi dans les mangroves, car l’ADN de Bôndy reste le même depuis le départ : développer Madagascar, développer les populations locales, créer de l’économie à travers la protection de l’environnement pour que celle-ci soit rentable et durable. On ne va jamais trouver un modèle concret si l’argent reste un tabou.

Votre modèle de reboisement a du succès, pouvez-vous nous en parler ?
Bôndy met en place tout un modèle pour garantir que les arbres plantés vont pousser sereinement. Il y a en premier l’expertise technique. Nous avons des ingénieurs, des PHD en agroforesterie, des personnes qui ont travaillé au CIRAD, mais c’est loin d’être la plus grosse œuvre du travail. Il y a surtout le fait de pouvoir travailler avec les populations locales, comment les engager et qu’elles soient non seulement actrices, mais aussi aux manettes des projets. Cette partie-là est la plus difficile, car travailler avec l’humain est une chose complexe. Il faut vraiment comprendre et analyser chaque besoin. Par exemple, une communauté villageoise de la région Melaky n’a rien à avoir avec des paysans de Toamasina. Il faut donc s’adapter aux différents intérêts de chacun et avoir un suivi rigoureux en utilisant toutes les ressources disponibles : technologie, le moyen humain, etc. C’est comme ça qu’on garantit que nos plantations réussissent.

Il faut des projets rentables ?
Les projets de Bôndy tels que : Cacao project, Menabe project, Mangroves project, Toamasina project connaissent également du succès, car il y a beauoup d’ingrédients derrière leurs réalisations. Si je devais en choisir un, ce serait surtout l’argument économique. Si les projets ne sont pas rentables et durables pour Bôndy, nos partenaires, les paysans, les autorités, et même l’État ; personne ne s’y attarderait. Au final, tout le monde travaille pour vivre et il faut que chacun ait quelque chose de concret à y gagner pour qu’ils acceptent de s’engager sérieusement. Si on décide de planter une graine de cafetier, de cacaoyer, une mangrove ; il faut qu’il y ait un retour sur investissement.

Justement, comment initiez-vous ces projets ?
L’initiation des projets de Bôndy se fait au cas par cas et, parfois, ce sont le fruit de diverses opportunités. Si je prends l’exemple du Cacao project, à Ambanja, l’idée de ce projet est venue à la suite d’une discussion avec un partenaire qui voulait travailler spécifiquement dans cette région. Nous nous y sommes donc rendus et après avoir analysé les enjeux socio-économiques, nous avons décidé de travailler avec les producteurs de cacao afin de diversifier leurs sources de revenus face aux possibles variations de prix qui pourraient impacter cette matière première et in extenso, la vie de ces paysans.

Vous plantez, mais vous sensibilisez aussi…
Dès la naissance de Bôndy, on identifiait déjà que les aspects de sensibilisation et pédagogiques étaient des éléments primordiaux. On ne peut pas aller vers les paysans et juste leur dire de planter quelque chose et qu’après 5 ans, ils vont gagner de l’argent. Il y a avant tout une grosse phase d’analyse et on essaye de les sensibiliser face aux dangers du changement climatique, car c’est une réalité qu’ils vivent au quotidien, bien plus que nous qui vivons dans les villes. On essaye de leur expliquer que s’ils coupent les forêts, cela impacte la fertilité du sol, la biodiversité et la disponibilité de l’eau. D’ailleurs, depuis la première année, nous avons instauré des pépinières pédagogiques dans les EPP des milieux ruraux. Ces enfants sont les agriculteurs de demain et si on arrive à les conscientiser très tôt, on a le cœur d’espérer que lorsqu’ils seront grands, les enjeux climatiques seront intégrés dans leurs actions.
Nous travaillons également avec 3 000 bénévoles, surtout des jeunes, pour sensibiliser les gens et participer aux différents ateliers de reboisement. C’est important de partager et d’inspirer la jeunesse, car le changement climatique est un combat générationnel. Nous voulons montrer que les jeunes Malagasy peuvent avoir un vrai rôle, une vraie solution à apporter et qu’il ne faut pas forcément attendre des autres, surtout des ainés.

Tree-tracking, dites-vous ?
Bôndy, dans ses actions, est soucieux de l’aspect suivi et transparence. En intégrant le tree-tracking de Greenstand, chaque arbre est pris en photo pour avoir sa géolocalisation et d’autres informations complémentaires telles que : le propriétaire du terrain, le paysan partenaire, l’espèce de plant, etc. Toutes les informations sont ensuite stockées dans la blockchain pour qu’ils soient incorruptibles. Pourquoi un individu à Abu Dhabi ou encore à Bruxelles irait financer des plantations à Madagascar s’il n’avait pas des garanties sur son investissement ?

Toutes vos collaborations ont-elles réussi ?
Il arrive que, parfois, certaines collaborations aient dû être stoppées, car les paysans ou les autorités locales n’ont pas voulu travailler avec nous. Nous ne considérons pas ces choses comme des échecs, car c’est impossible d’avoir 100 % de réussite à chaque coup.

Que vous inspirent les trophées internationaux que vous gagnez ?
Les distinctions internationales nous montrent que ce qu’on fait est assez spécifique. C’est vrai que c’est ma personne qui suit inviter aux conférences pour recevoir des trophées, mais en aucun, cas ils sont les récompenses de Max Fontaine, ce sont les récompenses de Bôndy et du modèle qu’on est en train de créer. C’est un honneur pour nous, mais au final, ça ne nous aide pas. En fait, si on commence à tomber dans la flatterie, on va se reposer sur nos lauriers et c’est le meilleur chemin pour se casser la gueule.

Quelle est la prochaine étape pour la bande de Bôndy ?
La prochaine étape, c’est d’étendre son modèle et développer son impact dans plus de régions possibles. Il y a de plus en plus de partenaires qui nous appellent pour créer des projets. On est aussi en train de développer nos propres filières agroforestières. Nous savons aujourd’hui que notre vraie expertise est de prendre n’importe quel type de graine, n’importe quel type de plant et de créer de la valeur. Nous voulons aujourd’hui laisser notre empreinte sur Madagascar et on ira voir s’il y a des opportunités d’affaires en Afrique et ailleurs.

Propos recueillis par Girard Ravelomanantsoa

Contact Bôndy Madagascar : +261 34 09 129 89

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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