Lovatsara.K : « Madagascar est légitime »
7 juin 2025 // Mode & Design // 15547 vues // Nc : 185

Le luxe made in Madagascar a-t-il sa place dans une mode encore dominée par les standards européens ? Soamamy Narove et Matis Rakotomahanina, co-CEO de la marque Lovatsara.K lancée le 15 février, répondent sans détour. L’héritage (lova), les matières, le savoir-faire sont bien là. La vraie question, c’est comment les valoriser.

Le tsihy, au cœur de la première collection « Tsih’K », a surpris le public sur le runway. C’est volontaire ! Ce tissage populaire, symbole familier à toute l’Île, est ici élevé au rang d’article de mode. « Nous travaillons des matières naturelles comme le lin ou le soga, souvent considérées comme brutes ou rustiques.

Nous les ennoblissons par la coupe et la broderie. En les réappropriant, nous affirmons une mode réfléchie, ancrée et portée par l’excellence », explique Soamamy Narove, fondatrice de la marque, influencée par l’élégance des femmes de son enfance et les traditions. Matis Rakotomahanina, lui, apporte une énergie plus dynamique et moderne. « Nos deux univers se nourrissent sans jamais s’imposer », ajoute ce dernier. Le choix du showroom à Ankorondrano, loin du centre historique d’Antananarivo, marque cette volonté d’orienter l’héritage vers l’avenir.

Ces influences éclectiques font que « tout le monde peut porter du Lovatsara.K », de la robe de la princesse Fenosoa Ralandison Ratsimamanga au palais de Manjakamiadana, aux tenues du quotidien, sans oublier les looks des grandes occasions. Pour Soamamy Narove, le luxe commun à ces différentes catégories, c’est la réflexion derrière chaque création, la cohérence entre le fond et la forme. « L’habit ne cache pas, il révèle. Il doit coller à celui qui le porte, surtout en sur-mesure.

Et la qualité, c’est non négociable. Nous contrôlons tout, nous nous entretenons avec le client, et nous travaillons avec des artisans triés sur le volet », soutient Matis. Chaque vêtement porte une histoire : dans un drapé, une broderie discrète, une manchette. Mais le marché international sera-t-il sensible à ces subtilités ?

En 2024, Fendi revisitait son sac Roll en collaborant avec des artisans malgaches et du raphia local. La même année, Angelina Jolie et Chloé mettaient en lumière le savoir-faire de l’entreprise sociale Akanjo. Les exemples s’enchaînent, mais ce sont encore des marques étrangères qui s’approprient nos richesses. Chez Lovatsara.K, l’optimisme est intact. « La reconnaissance viendra peu à peu. Nos matières sont déjà utilisées par les grandes maisons, même si nous n’y avons pas encore pleinement accès. Avec l’ouverture et la force de notre savoir-faire, on saura traduire à notre façon les tendances artistiques globales et s’exporter », promet Soamamy Narove. Même s’ils reconnaissent la nécessité d’un accompagnement financier, ils continuent de revendiquer l’héritage malgache : une deuxième collection surprise est en route.

Mpihary Razafindrabezandrina

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Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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