LIEN (ROHY)
19 avril 2026 // Mistery // 2770 vues // Nc : 195

Ce que je m'apprête à vous raconter est une histoire que j'ai vécue dans ma chair il y a quelques mois à peine, alors que je portais l'enfant de mon cœur. Il s'est produit un événement troublant, une chose que la raison ne saurait expliquer. Mon intention n'est nullement d'effrayer celles qui s'apprêtent à donner la vie, Dieu m'en garde. Toutefois, si vous êtes une âme sensible, je vous conseille vivement de vous arrêter ici. Merci de votre compréhension.

Deux ans après notre mariage, nous avons accueilli notre premier enfant, un adorable petit garçon. Notre foyer était paisible. Pas parfait, certes, mais je m'y sentais profondément heureuse. Mon mari et mon fils étaient ma plus grande richesse.

Après cette première naissance, le désir d'agrandir la famille s'est fait sentir. Nous l'avons espéré, porté dans nos prières pendant longtemps, et le ciel a fini par nous répondre : quatre ans plus tard, j'attendais un nouvel enfant. L'attente aurait pu sembler longue, mais notre aîné nous comblait tellement que le temps avait filé sans qu'on s'en aperçoive. Lui, en revanche, réclamait un petit frère ou une petite sœur depuis une éternité. Dès qu'il a appris l'arrivée de ce petit invité surprise, ce cadet tant espéré, il a couru et sauté de joie à travers toute la maison. Nous étions sur un petit nuage tous les trois. On s'amusait déjà à chercher des prénoms, à se demander : fille ou garçon ? Chacun y allait de son pronostic sur les traits de son visage, le prénom qu'on lui donnerait, ses futurs surnoms… La maison vibrait d'une douce impatience.

À partir de ce jour, c'est devenu un rituel : en rentrant de l'école, et surtout le soir avant de s'endormir, mon aîné venait caresser mon ventre. Ce fut notre quotidien pendant cinq mois. Le grand débat "fille ou garçon" animait nos journées. Les hommes de la maison espéraient un petit frère, "un complice", disaient-ils. Moi, je plaidais pour une fille, juste pour les taquiner, car au fond, je savais que peu importait le sexe, j'aimerais cet enfant d'un amour infini.
Et puis, lors d'une échographie de contrôle, le verdict est tombé : c'était un autre garçon. Mon mari était aux anges et s'est empressé d'annoncer la nouvelle à son aîné. Inutile de dire que ce fut la fête à la maison ; leurs cris de victoire ont résonné dans toutes les pièces.
La vie devenant de plus en plus chère, j'ai dû continuer à travailler malgré mon ventre déjà bien rond. Jongler entre mon emploi, mon mari, mon fils et la tenue de la maison m'épuisait. Pourtant, le soir venu, cette fatigue s'envolait. Il me suffisait de voir les deux hommes de ma vie et de sentir cet enfant bouger en moi pour tout oublier.

Les mois ont passé. Arrivée à mon sixième mois de grossesse, le médecin a été catégorique : mon corps n'en pouvait plus, je devais arrêter de travailler. À partir de ce jour, je me suis retrouvée seule à la maison, contrainte au repos et aux tâches légères.

Un soir, après le dîner, nous sommes tous allés nous coucher. Mon mari et mon fils, épuisés par leur journée, ont sombré instantanément dans un sommeil profond. Moi, je tournais dans le lit, incapable de fermer l'œil. Cette nuit-là, l'enfant que je portais s'est mis à donner des coups violents, insistants, bien plus longs que d'habitude. Alertée, je me suis assise dans la pénombre, observant mon ventre, attendant que ça passe. Le sommeil m'ayant définitivement quittée, j'ai fini par attraper un livre pour tuer le temps. La lecture est ma grande passion, et c'est une habitude que je voulais transmettre à mon bébé. Je n'aurais jamais pu anticiper ce qui s'est passé ensuite. À l'instant même où j'ai ouvert l'ouvrage, un frisson étrange m'a parcourue. Avant même de lire le moindre mot, j'ai fixé la page… et j'y ai vu l'image d'un nouveau-né. Un visage de bébé qui me fixait en souriant. Le sang n'a fait qu'un tour dans mes veines. J'ai refermé le livre d'un coup sec en me disant que je devais rêver éveillée. J'ai attendu quelques secondes, le cœur battant, puis j'ai rouvert le livre au hasard. Je n'ai même pas eu besoin de chercher : le visage était toujours là. J'ai poussé un hurlement de terreur et j'ai jeté le livre à l'autre bout de la pièce.

Mon mari s'est réveillé en sursaut, paniqué. D'une voix tremblante, je lui ai raconté ce que je venais de voir. Sceptique, il s'est levé, a ramassé le livre et en a frénétiquement tourné les pages. Il n'y avait rien. Que du texte.
— Tu es juste à bout de forces, mon amour, m'a-t-il chuchoté en me prenant dans ses bras pour me ramener contre lui. Essaie de dormir.
Dans le noir, je me suis laissée convaincre. Je me suis répété que ça devait effectivement être l'épuisement. Mais au petit matin, mon mari, toujours inquiet, a insisté :

— Il faut qu'on aille voir le médecin. Tes insomnies risquent de te faire du mal.
— "Ne t'en fais pas, je vais bien, c'est juste la fatigue," ai-je répondu, n'ayant aucune envie de bouger. Mais il ne s'est pas laissé fléchir, et nous y sommes allés.

Le verdict du médecin a été rassurant : le bébé se portait à merveille et il n'y avait aucun danger. Selon lui, les insomnies faisaient simplement partie des maux de la grossesse. Soulagé de savoir que nous étions en bonne santé, mon mari m'a raccompagnée à la maison avant de filer au travail.
De retour chez moi, seule dans la maison vide, j'ai soudain eu une bouffée de chaleur. Pour me rafraîchir, j'ai décidé de me tresser les cheveux. Je me suis approchée du grand miroir de notre chambre. Je n'étais pas du tout sur mes gardes ; mon esprit était apaisé, persuadé que les visions de la nuit n'étaient que le fruit d'une grande fatigue. Je levai les bras pour arranger mes cheveux quand, soudain, je me figeai. Il était là, de nouveau. Le visage du bébé. Dans le miroir. Il me fixait avec ce même sourire. J'ai eu un vertige. Le peigne m'a glissé des mains et s'est fracassé sur le sol. J'ai fui la chambre en courant pour m'asperger le visage d'eau froide. Qu'est-ce qui m'arrivait ? Étais-je en train de perdre la tête ? Les questions tourbillonnaient dans mon esprit, s'entrechoquant avec violence. Incapable de retourner affronter mon reflet, j'ai fini de me tresser les cheveux à l'aveugle.

Malgré tout ça, Je n'ai pas eu le courage d'en parler à mon mari. J'ai gardé ce lourd secret pour moi. Je ne voulais pas l'angoisser, et au fond de moi, je luttais encore de toutes mes forces pour croire à l'hallucination due à l'épuisement. Mais ce qui m'a définitivement terrorisée, c'est que cette apparition ne s'est pas arrêtée à notre chambre. À partir de ce jour, ce visage d'enfant a commencé à me hanter. À chaque fois qu'il y avait un miroir, une surface réfléchissante, il apparaissait. Bientôt, je n'osais même plus croiser mon propre reflet.

…. à suivre

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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