Le Manana : Clouer le beko
10 mai 2026 // Musique // 5034 vues // Nc : 196

Quinze ans qu'il tient la flamme. Guitariste, passeur de mémoire et expérimentateur assumé, Le Manana incarne une rareté dans le paysage musical malgache : il ose toucher au sacré — et il le fait bien.

Tout part d’un choc. À Beloha Tsiribihina, lors d’un rituel où les voix semblent convoquer les absents, il découvre le beko. Ce chant, souvent a cappella, porté par une intensité presque incantatoire, sert autant à dire la douleur qu’à maintenir le lien entre vivants et ancêtres. « Cela a touché mon âme », glisse-t-il, sans chercher à en rajouter — ce serait presque indécent. À partir de là, il ne s’agit plus d’apprendre une musique, mais d’habiter une mémoire. Quinze ans plus tard, la promesse tient toujours. Mais elle s’est déplacée. Prendre le beko — cette musique âpre, rituelle, peu connue au-delà des plateaux du Sud — et le faire converser avec le jazz, mais surtout avec le soukous, cette déflagration électrique née à Kinshasa dans les années 60, qui a conquis l'Afrique entière à coups de guitares vrombissantes et de rythmiques hypnotiques. À première vue, les deux univers n'ont rien à faire ensemble. C'est précisément là où Le Manana installe son campement. « Le but, c'est de rendre le rythme agréable à l'oreille tout en gardant son originalité — avec une petite sauce piquante de modernisation. Le rythme seul ne suffit pas : sans relief, le public s'évaderait. »

Ce qu'il cherche n'est pas la trahison, mais l'élargissement. Toucher un public qui n'aurait jamais poussé la porte du beko autrement. La fusion, chez lui, n'est pas un effet de mode — c'est une stratégie de survie culturelle. « Un pays qui ne défend pas sa culture sera toujours colonisé », lâche-t-il, sans détour, avec cette tranquille conviction des gens qui ont réfléchi longtemps avant de parler. À l'écoute de ses compositions, on perçoit effectivement quelque chose d'hybride et de cohérent à la fois — comme si le Sud profond de Madagascar avait, lui aussi, décidé de voyager. L’artiste compte actuellement trois albums au compteur, et un quatrième en gestation. Pour ses quinze ans de scène, un grand concert se prépare. Un anniversaire qu'il revendique collectif, avant tout. « Sans eux, il n'y aurait pas de 15e année », déclare-t-il. Le public, toujours. Comme le vrai dernier mot.

Tatiana Randriamanakajasoa

Contact Le Manana : 0327171707

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir