Kay Keny : Le style version Bara
22 août 2026 // Mode & Design // 1927 vues // Nc : 199

Dix ans après sa naissance à Ihosy, au cœur du pays bara, la marque Kay Keny célèbre son anniversaire avec une collection qui ne ressemble à aucune autre. Fototse — racine, en malgache — transforme la flanelle traditionnelle en pièces streetwear portables au quotidien. Un retour aux sources assumé, et une déclaration d'intention culturelle.

La flanelle — ce tissu en coton que les Betsileo et les Bara portent depuis des générations comme lamba, écharpe ou signe de statut social — n'avait jamais été coupée en chemise ni en robe. Elle se drapait sur l'épaule, s'enroulait contre le froid, accompagnait les moments de deuil, les fêtes, les rituels de séduction des jeunes hommes en quête d'une épouse. Kay Keny a changé la donne. « C'est pour que la flanelle garde son côté "tous les jours" », explique Valisoa Elisador, fondateur et gérant de la marque. La collection Fototse est pensée comme du streetwear ancré dans l'identité culturelle — des pièces portables en toutes occasions, sans prétention à la haute couture, mais avec une ligne claire et une matière qui raconte quelque chose. Avant de lancer la collection, des enquêtes ont été menées dans les régions d'Amoron'i Mania, Haute Matsiatra et Ihorombe pour comprendre l'histoire du tissu et sonder les communautés. « Nous ne voulions pas faire n'importe quoi, au risque d'offusquer des têtes », confie Valisoa.

Le choix du tissu n'a pas été laissé au hasard. Kay Keny utilise exclusivement de la flanelle produite à Madagascar par la COTONA. « Il s'avère que les Bara savent dès que c'est de la flanelle chinoise. Au premier regard et à la première touchée, ils savent », affirme Valisoa. Cette exigence d'authenticité est au cœur du projet — et elle se ressent dans la finition des pièces, conçues en collaboration avec l'atelier Mihamy, basé à Ihosy. Quatre modèles sont actuellement disponibles à la vente. Une collection capsule, en somme, qui mise sur la qualité et la cohérence plutôt que sur le volume. La vision de Valisoa dépasse cependant les frontières de la culture bara — il veut ouvrir cette esthétique de la flanelle à tout Madagascar. « Comme ça, même s'ils sont à Tana, où les gens ne portent plus de lamba, les Bara et Betsileo peuvent toujours avoir la flanelle sur la peau », soutient le jeune homme.

L'histoire de Kay Keny elle-même est un beau cas d'école pour les jeunes entrepreneurs. Kay keny est une exclamation bara — l'équivalent d'un ah bon ! spontané. Il y a dix ans, Valisoa produisait des t-shirts pour se faire de l'argent de poche, étudiant sans grandes ambitions commerciales.

Une activité de vacances devenue marque de référence dans le streetwear local, portée d'Antsiranana à Tanananarivo et au-delà. Aujourd'hui, Fototse intéresse déjà les fashionistas et les dandys branchés de la capitale — signe que le pari culturel est tenu. Le revers de la médaille ? La collection fait déjà l'objet de contrefaçon. Valisoa ne s'en laisse pas abattre — il mène son combat, convaincu que l'original finit toujours par s'imposer. Comme la flanelle bara, qui a traversé les siècles sans se laisser effacer.

Solofo Ranaivo

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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