Jeux vidéo - Rien n’est à toi
26 mai 2026 // Media & Add-0n // 3152 vues // Nc : 196

On a longtemps cru qu’acheter un jeu vidéo voulait dire le posséder. Un disque, une cartouche, une boîte rangée sur une étagère, et l’affaire semblait simple. Aujourd’hui, c’est beaucoup moins net. Entre les jeux liés à un compte, les titres retirés des boutiques et les serveurs qui ferment, certains achats ressemblent davantage à un accès temporaire qu’à une véritable propriété. Et quand le service s’arrête, le jeu peut disparaître avec lui. Le problème n’est donc plus seulement de savoir si un jeu est bon, mais s’il existera encore demain.

Le jeu qu’on ne possède plus
L’exemple le plus parlant reste celui de The Crew. Le jeu a bien été vendu, acheté, téléchargé, joué. Pourtant, une fois les serveurs coupés, il est devenu inutilisable, même pour ceux qui l’avaient payé légalement. C’est là que le malaise apparaît. On ne parle pas d’un vieux titre difficile à trouver, ni d’un objet devenu rare. On parle d’un produit rendu inaccessible après qu’on l’ai acheté. Et c’est une vérité de plus en plus visible dans le jeu vidéo moderne.

Posséder un jeu ne veut pas toujours dire pouvoir y jouer quand on le souhaite. Dans certains cas, nous pouvons juste profiter d’un accès tant que l’éditeur maintient le service. Une location si on peut dire. Tant que la machine tourne, tout va bien. Mais lorsque la prise est débranchée par les vrais propriétaires, le joueur découvre que son achat tenait parfois à un fil.

Une bibliothèque de plus en plus fragile
Et ce problème ne concerne pas uniquement les jeux à service. De plus en plus de titres dématérialisés dépendent d’écosystèmes fermés, de licences, de mises à jour ou de plateformes qui contrôlent leur disponibilité. Un jeu peut être retiré d’une boutique. Une version peut devenir inutilisable sur une machine récente. Une œuvre peut tout simplement glisser hors du paysage numérique.

Notre rapport à la collection et la conservation change donc. Avant, une bibliothèque de jeux occupait de la place dans une chambre ou un salon. Aujourd’hui, elle existe souvent sur un compte, dans un espace virtuel dont les règles peuvent changer. Le joueur pense accumuler des trésors, alors qu’il ne possède parfois qu’un droit d’usage limité. Le jeu vidéo, pourtant traité comme un bien culturel, devient alors un consommable avec une date de péremption.

Préserver ou laisser disparaître
Derrière cette question de propriété, il y a aussi celle de la mémoire. Lorsqu’un jeu disparaît, ce n’est pas seulement un divertissement qu’on perd. C’est une part de l’histoire du média, une vision d’époque. Contrairement à un livre qu’on peut rouvrir des années plus tard, certains jeux risquent aujourd’hui de s’éteindre selon le oui ou le non de leurs éditeurs. La préservation de ce patrimoine culturel devient alors un enjeu majeur.

Garder les jeux accessibles, les rendre compatibles avec les machines actuelles, éviter qu’ils ne sombrent dès qu’ils ne rapportent plus assez, c’est aussi reconnaître leur valeur culturelle. C’est une nouvelle bataille que l’avènement du numérique a créé. Car il a rendu nos achats plus pratiques, mais aussi plus fragiles. Et le jeu vidéo en est peut-être l’exemple le plus parlant.

Eymeric Radilofe

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir