Ikalalila : Voles, oiseau, voles
2 avril 2026 // Musique // 5156 vues // Nc : 195

Deux ans après ses débuts professionnels, Lila Ratoveloniaina — alias Ikalalila — sort son premier EP, Domoina. Six titres de pop alternative, une voix douce, et un art de « romantiser le quotidien » qui n'appartient qu'à elle.

©photo : Ando Kambana

« Sambany aho nanandrana nanidina irery » — pour la première fois, j'ai essayé de voler seule. C'est le vers du titre Domoina, celui qui donne son nom à cet EP sorti cette année. Un premier battement d'aile, fragile et assumé. Six titres, une voix douce presque suspendue, et du pop alternatif. Les textes sont simples — puisés dans une vie de tous les jours — mais relevés par une poésie que l'arrangement construit patiemment. D'une fleur dans son vase à l'envol de la tourterelle qui donne son nom à l'EP, chaque chanson est une image. « La musique est pensée avec ma petite voix pour emmener le public vers la scène que j'ai imaginée », confie Ikalalila. Un morceau, pour elle, est une invitation — comme un bon livre qu'on ouvre et qui installe aussitôt un décor. « Quand je crée, j'ai déjà une idée de l'instrument et du timbre qui poussera le public à avoir la scène que j'ai en tête », déclare-t-elle. Dans Domoina, elle reprend les codes d'une musique populaire en y glissant, ici et là, un son de valiha, de l'électro, des chœurs.

Le quotidien comme matière première, c'est une habitude ancienne. Ikalalila compte déjà une centaine de morceaux — des écrits qui ont remplacé le journal intime de son adolescence. « De base, j'aime écrire. Mon père avait des CD de musique instrumentale auxquels, petite, je mettais des paroles. », raconte l’artiste. Vers ses 15 ans, elle touche au piano et commence à créer. Autodidacte, elle l'assume sans détour : « Je ne pourrai pas vous parler de notes, et c'est en partie à cause de cela que j'ai hésité à me lancer, par complexe, car je n'ai pas appris la musique. » Cela ne l'a pas empêchée d'attirer l'attention de Silo — qui l'a aidée à sortir de sa coquille — ou des passionnés du Bskmg. Cet EP rassemble des morceaux nés à distance, quand la jeune Lila se retrouvait loin de sa famille et de ses proches. La solitude, l'attente — mais une attente qui espère.

Ses inspirations ? « Du pop international écouté à la radio », rit-elle. Proche, donc. Domoina est disponible sur les plateformes depuis février et reste, pour l'instant, intentionnellement sans clip — pour laisser au public la liberté de se construire ses propres images. Une cohérence avec sa façon de faire de la musique, depuis le début. Sur la suite, Ikalalila est claire : « Je n'ai pas forcément rêvé de faire une grande carrière et des tournées. J'ai besoin de vivre une autre vie qui n'est pas la musique pour pouvoir la raconter. » Une version physique de l'EP est en projet, ainsi qu'un second opus à la sonorité tout à fait différente. Entre le nid et les scènes qu'elle prévoit, Ikalalila déploie seule ses ailes — pour rester libre dans ses choix, dans son envol, et dans sa destination.

Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : Ikalalila
Contact : izaho@ikalalila.art / +261 34 47 733 84

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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