Ianne Karisy : Voix sous les tropiques
3 novembre 2025 // Musique // 11889 vues // Nc : 190

On l’a vu récemment sur scène dans la capitale. La soprano Ianne Karisy incarne la passion de l’opéra, un art rare sous les tropiques. Formée à Madagascar, portée par la rigueur et l’émotion, elle rêve d’un jour chanter un rôle du début à la fin — et de rendre cet art universel accessible à tous.

©photo : Fenosoa Fanomezana

Au mois de septembre, à l’Institut Français de Madagascar, elle interprète Puccini, Massenet, Gershwin, Monteverdi et bien d’autres encore. Le public du Concert Classique du Midi – Madagascar Mozarteum – lui a accordé une standing ovation à la fin de sa prestation. Formée au Centre d’éducation musicale Laka auprès de Holy Razafindrazaka, ancienne du Conservatoire de Paris, elle découvre l’opéra après un parcours de choriste à la FJKM Amboninampamarinana. « La formation est essentielle, dit-elle. Il faut comprendre la technique, le souffle, la langue et l’histoire de chaque œuvre », soutient la soprano. Elle a depuis incarné Frasquita dans Carmen et Diane dans Les Aventures du Roi Pausole, mais son rêve est de jouer un opéra complet. « J’aimerais interpréter un rôle du début à la fin, comme Manon dans Manon de Massenet ou Mimì dans La Bohème de Puccini », confie-t-elle. Faute de structures adaptées, elle ne peut encore aborder ces œuvres dans leur intégralité.

Pourtant, rien n’est plus familier que les émotions qu’elle chante. « Dans la musique classique, chaque suite de notes correspond à une émotion. Même sans comprendre la langue, on peut ressentir la mélodie, le visage, la mise en scène. L’émotion est universelle : c’est cela qui me touche », déclare la cantatrice. Amour impossible, jalousie, mort, renoncement : autant de thèmes qui, pour Ianne Karisy, parlent à tous les publics.

Malheureusement, produire un opéra à Madagascar relève du défi. « Ici, il n’y a pas de conservatoire, pas de maison d’opéra, ni de salle adaptée à l’acoustique », déplore la cantatrice. Les chanteurs répètent après le travail et financent tout eux-mêmes : location de salle, musiciens, costumes, chorégraphes, transports de ces professionnels. « Un billet à 100 000 ariary – qui compenserait le tout – est hors de budget pour la plupart des Malgaches », regrette-t-elle. À signaler que ces difficultés rejoignent une tendance mondiale. L’Unesco note que la plupart des politiques culturelles africaines privilégient les musiques populaires et les arts traditionnels. Et même en Europe, où cet art est né, seuls 3 à 5 % des adultes assistent à un opéra ; plus de 70 % du public a plus de 55 ans et 90 % sont diplômés de l’université. L’élitisme n’est donc pas esthétique, mais structurel, né des inégalités d’accès. Pour Ianne Karisy, l’avenir passe par la pédagogie et la vulgarisation. « Il faut proposer des concerts gratuits, diffuser sur les réseaux sociaux ou à la radio », clame-t-elle. Sa voix, aujourd’hui accompagnée par celle de son mari, pianiste et coach vocal, défend encore « la valeur humaine et émotionnelle, la valeur artistique, éducative et culturelle » de l’opéra. Un art qu’elle rêve de rendre au public.

Mpihary Razafindrabezandrina

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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