GameNaka : Les rêveurs de pixels
20 juillet 2025 // Grande Interview // 5692 vues // Nc : 186

À Madagascar, créer un jeu vidéo relève souvent du parcours du combattant. Alexandre Riri Jemisson, secrétaire général de l’association GameNaka, y croit pourtant dur comme fer. Son objectif : rassembler, former et faire émerger une nouvelle génération de créateurs malgaches. Entretien avec un passionné qui rêve d’un écosystème local solide et solidaire.

C’est quoi GameNaka ?
L’association donne de la visibilité aux développeurs de jeux vidéo malgaches. On organise aussi, à l’occasion, des ateliers de renforcement payants. Les membres de GameNaka sont surtout des développeurs, mais aussi des entrepreneurs et porteurs de projets issus de divers domaines. On les accompagne avec des conseils, des petites formations et des rencontres pour faire avancer leurs idées. On aide aussi à faire tester leurs jeux, grâce à notre communauté de testeurs à la Tanière du geek. Les créateurs reçoivent ainsi des retours précieux, venus de gamers et de pros du secteur.

Les jeux vidéo, c’est toute une industrie ?
La création d’un jeu commence par une idée et surtout par le game designer, l’architecte du projet. C’est lui qui imagine l’univers, rédige le document de base, puis crée un petit prototype. Ensuite vient le développement, qui concerne surtout l’histoire, les dessins, les mécaniques, la musique… tout est coordonné avec les différentes équipes.

Beaucoup pensent qu’il faut savoir coder pour créer un jeu, mais ce n’est pas le cas. C’est un domaine vaste, encore mal connu à Madagascar. Il faut surtout des idées originales. J’aime dire qu’il faut réapprendre à rêver comme un enfant, et laisser l’imagination faire le reste.

C’est un marché faste… ?
Pour l’instant, on ne gagne pas grand-chose. La commercialisation dépend du projet. Ca va de un à cinq ans pour les petits jeux, jusqu’à vingt ans pour les plus ambitieux. Mais le vrai souci, ce sont les droits d’auteur. Dès qu’on vend un jeu, il peut être craqué et revendu. Cette année, on n’a pas intégré la commercialisation dans Game Load, mais on a choisi de parler davantage du marché du jeu vidéo, encore méconnu. L’association reste autonome grâce aux événements et prestations, surtout à l’échelle locale.

Quid du marché international ?
Les produits internationaux sont d’un autre niveau. On peut essayer de rivaliser, mais le manque de budget et de soutien local reste un vrai frein. À l’étranger, comme en France, les streamers et le grand public soutiennent les jeux, les diffusent, en parlent. Ici, c’est moins automatique. Mais il y a une lueur. Le studio Red Raketa a décroché un contrat avec Newtales, un éditeur. Leurs jeux sortiront sur toutes les plateformes. C’est une première à Madagascar. Une porte s’est entrouverte, et ça peut donner de l’espoir à d’autres studios.

Quelles sont donc les activités en cours ?
Pour l’instant, on reste concentrés sur les ateliers, la mobilisation et la vulgarisation du métier. Lors des événements, on essaie d’intégrer tout le monde, notamment via des formations pratiques dans les lycées publics. J’appelle ça des ateliers coaching. Les jeunes ont leurs idées, nous, on les guide. L’objectif, c’est de bâtir une vraie communauté soudée, qui se soutient jusqu’à ce que les studios et créateurs puissent vivre du métier. Les métiers artistiques sont souvent négligés ici, mais les jeunes game designers ont un vrai potentiel.

Propos recueillis par Rova Andriantsileferintsoa

Facebook : GameNaka
Contact : +261 34 27 285 34

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir