Fifou : Voyage voyage
3 juillet 2026 // Musique // 4858 vues // Nc : 198

Au Grand Café de la Gare à Soarano, le music-hall malgache vit sa deuxième saison. Fifou, producteur et patron des lieux, revient sur ce spectacle immersif signé Anjara Saloma — un tour du monde en musique, dans l'un des bâtiments les plus emblématiques de la capitale.

Cette deuxième édition de L'Horloge Enchantée, c'est quoi exactement — et en quoi se distingue-t-elle de la première ?
La première édition, c'était un voyage en train qui partait de Toamasina au début du siècle pour arriver dans les années 80, avec des arrêts, des personnalités, des chansons connues — une traversée de Madagascar en musique, danse et théâtre. Cette année, on part encore, mais on va plus loin : un tour du monde, depuis une vieille gare comme celle-ci, avec des décors magnifiques, des costumes qui nous plongent au début des années 1800. L'histoire est celle d'un explorateur qui lance un pari audacieux depuis une mystérieuse taverne londonienne. C'est Anjara Saloma qui a écrit le scénario et qui assure toute la scénographie et les chorégraphies — avec le studio Stand'Ar. On a environ 25 intervenants : danseurs, chanteurs, guitaristes, violonistes, tout sonorisé avec des effets lumières. C'est une dizaine de tableaux, une heure et demie de spectacle. Et les musiques — c'est important — ce sont des chansons que tout le monde connaît. Pas du malgache, c'est cosmopolite. Les gens doivent reconnaître, taper des mains. C'est entraînant.

Pourquoi toujours le thème du voyage ?
Parce qu'on est dans une gare. C'est symbolique. Ce bâtiment a été construit au début du siècle — c'est un patrimoine de Madagascar, un lieu de vie, pas juste une salle de spectacle. On ne va pas faire un spectacle d'art moderne ici. Le voyage, c'est l'essence même de l'endroit. Et puis, le but, c'est de transporter les gens — leur faire vivre quelque chose d'extraordinaire le temps d'une soirée. Ce spectacle ne peut pas exister ailleurs. Si on le sort d'ici, il perd son âme. C'est le lieu qui fait le spectacle autant que les artistes.

Pourquoi avoir décidé de produire ce spectacle ?
Parce qu'ici, on fait travailler des talents pendant des mois de répétitions pour un seul soir de représentation. C'est pas normal. Ces gens-là ne peuvent pas vivre de leur art dans ces conditions. Quand Céline Dion joue à Las Vegas, elle fait dix ans de même spectacle. Le Moulin Rouge à Paris, c'est pareil. Moi, je voulais donner à nos artistes un an de salaire régulier. Un an de spectacle, c'est un an de revenus. Ça change tout.

Et justement — pourquoi le même numéro pendant toute une année ?
C'est ce qui étonne les gens ici, et ça m'amuse. Dans le monde entier, une revue, ça tourne. Ça dure. On ne prépare pas un spectacle pour une seule représentation. Nous, la salle fait 70 personnes maximum — c'est intime, c'est voulu. Avec une bouteille de champagne incluse dans le billet. Ce n'est pas un public de masse, c'est un public de qualité, qui sait ce qu'est un music hall. Et à la fin, la musique continue, tout le monde danse ensemble. C'est une soirée, pas juste un spectacle.

Propos recueillis par Solofo Ranaivo

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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