Dominique Ranaivoson : Paroles du Sud
4 novembre 2025 // Littérature // 5134 vues // Nc : 190

En septembre, de grandes figures de la scène culturelle malgache se sont retrouvées à l’Institut français de Madagascar pour évoquer le Sud, à l’occasion de la présentation du livre de Dominique Ranaivoson, « Madagascar : Écrire le Grand Sud ». Paru cette année aux éditions Sépia, l’ouvrage propose une lecture sensible et plurielle de cette région encore trop souvent réduite à des clichés.

Autour de la table, les journalistes Latimer Rangers et Gaëlle Borgia, le plasticien Temandrota, et la poétesse Poety Rebely. Tous ont parlé du Sud à leur manière — avec leurs souvenirs, leurs blessures parfois, leurs attachements surtout. Loin des visions figées, ils ont offert une « exploration du Grand Sud : récits, images et imaginaires », entre confidences et réflexions sur ce territoire à la fois rude et poétique.

L’événement accompagnait la présentation de l’ouvrage de Dominique Ranaivoson, enseignante-chercheuse à l’Université de Lorraine et spécialiste des littératures francophones. « Je trouve important, voire impératif, que ce ne soit pas une seule voix, mais un ensemble de voix. C’est dans ce souci d’un chœur, d’une pluralité, que j’ai voulu faire exister aussi les voix du Sud », confie-t-elle. Le livre et la conférence entendent tous deux déconstruire la vision parfois simpliste transmise par d’anciens voyageurs, chercheurs ou écrivains.

Le recueil réunit poésies et nouvelles d’auteurs du Sud, en français, parmi lesquels David Jaomanoro, Poety Rebely, Lila Ratsifandrihamanana, Louis Szumski et Latimer Rangers. On y croise des cris contre la faim, des révoltes face à l’injustice, mais aussi des fragments de beauté et de résistance. « Je me suis dit qu’il fallait que les gens du Sud parlent d’eux-mêmes, pour les montrer non pas tels que les autres les voient, mais tels qu’eux-mêmes se voient », explique Dominique Ranaivoson.

Avec « Madagascar : Écrire le Grand Sud », l’autrice signe une œuvre qui bouscule l’imaginaire d’un “ailleurs” lointain et désertique. Elle en révèle la chaleur humaine, la dignité et la profondeur. « Mon espoir, c’est que ce livre transforme le regard de tout le monde sur les habitants de ces régions, pour en finir avec l’image de supériorité ou celle, inverse, du misérabilisme. Ils ne sont ni au-dessus ni en dessous, ils sont avec nous, au cœur même de la nation », martèle-t-elle. Dominique Ranaivoson prévoit désormais de poursuivre sa démarche en rencontrant d’autres écrivains du pays, convaincue que la littérature peut, elle aussi, réparer une géographie du regard.

Rova Andriantsileferintsoa

Contact : ranaivoson-hecht@wanadoo.fr

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir