Nous étions tous les deux seuls à la maison
31 décembre 2024 // 5732 vues 

Nous étions tous les deux seuls à la maison. Mes parents étaient sortis et ils étaient aussi les siens, même si j'étais l'oncle et elle la nièce. Cela me ramenait à un temps où sa mère et moi restions seuls à la maison, alors que nos parents, ceux-là même qui avaient des obligations sociales cette nuit, sortaient pour quelque chose comme une cérémonie de mariage. Cette fois, j'étais à la place qu'occupait à l'époque ma grande sœur. Elle m'avait façonné et offert ce que j'ai eu de plus beau. Je ne lui arriverais jamais à la cheville en cela. J'allais faire de mon mieux pour aimer sa fille d'une façon qui m'était propre. D'ailleurs elle m'a dit : « Tonton ! C'est l'heure de se coucher maintenant ! » Les cheveux en bataille, elle me regardait de ces yeux coquets, qu'elle avait empruntés à son père. Elle avait un grand livre illustré à la main, elle tenait celui-ci ostensiblement pour m'indiquer ce que j'avais à faire. Nous nous sommes mis dans le lit à barreaux, encore trop grand pour elle et déjà trop petit pour moi. Je pliais les jambes et commençais à lui lire une histoire.

La veilleuse faisait tomber sa lumière sur les paillettes qu'elle portait pour dormir. Elle aimait les couleurs et la brillance des choses ; elle voulait les porter jusque dans son sommeil. Nous nous sommes mis à jouer avec les reflets dansant sur la moustiquaire. Sa petite main se mesurait à la mienne, faisant ressurgir des souvenirs de ma propre enfance. Je rêvais alors d'être admiré pour la beauté de ce que j'allais écrire et je me rendais compte qu'un tel rêve avait très mal vieilli. Je ne serais jamais plus que son oncle, celui avec qui elle avait partagé ses parents. Les reflets de ce qui brille dans la lumière étaient pour nous un divertissement, jusqu'à ce que sa main ne retombe de fatigue. Elle ne se souviendrait sûrement pas de cette nuit, et moi j'y avais mis toute mon essence. Je ne lui en voudrais certainement pas, comme mes parents ne m'en avaient pas voulu, d'avoir oublié les premiers instants de notre voyage. C'était tout ce dont j'étais capable. Je ne toucherais pas grand monde en définitive, avec mes textes. Mais j'étais allongé aux côtés d'un petit être sous le toit d'un chapiteau. Et nous effleurions des débris d'étoiles dans le ciel.

Izika

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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