Notre train-train quotidien
31 janvier 2026 // 1743 vues 

Depuis le début du mois de décembre, les réseaux sociaux et les journaux sont inondés de cette nouvelle : la relance du train urbain dans la capitale. Moi, du haut de mes 70 ans, je fais partie de cette génération qui regarde les annonces d’inauguration avec un mélange de curiosité, de prudence… et de souvenirs qui remontent sans prévenir. L’autre matin, en lisant que le train urbain venait d’être inauguré à Antananarivo, quelque chose s’est serré dans la poitrine. Rien de grave à part la nostalgie qui tape à la porte, sans frapper trop fort.

Dans ma jeunesse, quand j’étais encore lycéen, le train n’était pas une nouveauté. C’était une évidence. Un véritable compagnon de route. La ligne Tananarivo–Antsirabe existait encore, vivante. Presque chaque semaine, je prenais le train. Le week-end arrivé, direction Ambatofotsy, parfois Ambatolampy, et quand on se sentait riches en courage — et en temps — jusqu’à Antsirabe. Mais Ambatofotsy restait notre destination favorite. Il faut dire que c’était un haut lieu des concerts, des sorties familiales, des pique-niques. Bref, ça bougeait.

Nous y allions à trois : mon jeune frère cadet, un cousin germain et moi. L’idée était simple et universelle : voir du monde, écouter de la musique, et, soyons honnêtes, tenter notre chance auprès des filles. Ah, la jeunesse… On n’avait pas toujours de l’argent en poche, parfois pas du tout, mais le rendez-vous était sacré. Le week-end sans Ambatofotsy n’existait pas.

Il nous arrivait souvent de monter sans ticket pour le retour. Fuir les contrôleurs n’était pas une mince affaire. Il fallait de la vigilance, de la rapidité, et une bonne dose d’audace. Ça faisait partie de l’aventure. Aujourd’hui encore, quand on s’en souvenait — car oui, on s’en souvenait en riant — on avait l’impression d’avoir vécu un petit film. Malheureusement, mon frère cadet nous a quittés il y a déjà trente ans. Ces souvenirs-là, nous ne les partagerons plus ensemble. Et ça, ça fait un silence particulier.

Quand la fraude n’était pas possible, il ne restait qu’une solution : marcher. Ambatofotsy–Soanierana, à pied. On suivait les rails, même quand des raccourcis existaient, dans l’espoir qu’un wagon passe et qu’on saute dedans. Une scène de western, dans nos têtes.

Ça n’est jamais arrivé. À l’entrée de Tana seulement, on quittait les rails pour la route bitumée.

Et quand l’argent manquait vraiment, on mangeait des goyaves. Il y en avait partout. Ça remplissait l’estomac et ça donnait l’impression d’être riches autrement.

Je me souviens surtout de l’ambiance dans les wagons. Le bruit du rail, le klaxon de la locomotive traversant les agglomérations, les discussions avec des inconnus, le brouhaha joyeux. Aux arrêts, les marchands de mofomenakely et de saucisses envahissaient les quais. La vie était plus simple. Mais qu’est-ce qu’elle était vivante. Alors oui, voir le train revenir aujourd’hui me fait sourire. Ce n’est plus le même décor, ni la même époque. Mais si ce nouveau train peut, lui aussi, fabriquer des souvenirs, alors il aura déjà rempli sa mission.

J.Ravelona

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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