Audrey Randriamandrato (MWE) « Parole aux femmes »
6 mars 2021 // Assos // 8366 vues // Nc : 134

Depuis trois ans, l’ONG Malagasy Women Empowerment (MWE) lutte pour l’amélioration des conditions et des représentations de la femme malgache dans la société. Selon Audrey Randriamandrato, fondatrice de l’organisme, Madagascar a tout le potentiel pour revenir à la base de sa société : égalitaire.

Malagasy Women Empowerment, en quelques mots ?
Nous faisions partie du mouvement Madagascar Will Rise mais nous sommes aujourd’hui une organisation indépendante. L’histoire est assez personnelle : survivante d’agressions sexuelles dans la rue et au travail, je me suis demandé qu’est-ce qui pouvait arriver à des millions d’autres femmes malgaches, peut-être cent fois pire. MWE lutte ainsi pour l’amélioration des conditions et des représentations de la femme dans la société. La représentation, car il suffit de taper « femmes malgaches » et « hommes malgaches » sur Google pour voir la différence de traitements…

Comment avez-vous évolué ?
En mai 2018, nous avons organisé un atelier à Paris, nous n’étions que cinq.

C’était un échec parce qu’encore une fois nous nous sommes dits : la cause des femmes importe peu aux gens. Sans jamais cesser de travailler et d’y croire, nous avons aujourd’hui une équipe de 18 Empowered Changers en France, huit à Madagascar, bientôt une équipe au Luxembourg et l’objectif d’une centaine de candidatures bénévoles pour 2021. Nous n’avons pas reçu énormément de soutien au départ mais avec la volonté de six membres, nous comptons plus d’une vingtaine d’actions, plus de 1 000 sympathisants, et un budget annuel assez conséquent à partir de rien.

L’autonomisation des femmes malgaches reste donc un combat de longue haleine…
La femme malgache a une place très importante dans le développement du pays. Madagascar compte environ 25 millions d’habitants dont la moitié de la population est constituée de femmes. D’un côté, nous avons des activistes, des politiciennes, des scientifiques, des autrices (féminin d’auteur, NDLR), des fonctionnaires, des étudiantes qui se battent pour leurs droits en société… attention, aucun droit n’est acquis. ; de l’autre côté, nous avons une majorité précaire de femmes délaissées, je pense à toutes les employées de maison, les travailleuses du sexe, les femmes sans emploi, les femmes victimes de violence morale et physique qui, aujourd’hui, récoltent les fruits de l’indifférence. Aujourd’hui, les femmes malgaches souffrent encore des conséquences d’un système économique déficient. Elles sont beaucoup à se tourner vers la prostitution ou un travail « indécent » pour pouvoir nourrir leur foyer. C’est pourquoi en tant que privilégiées, nous luttons pour que la société malgache arrête de soumettre, d’effacer et de réduire les femmes au silence.

Quels types d’actions menez-vous, notamment auprès des jeunes ?
Chaque année, depuis deux ans, nous organisons l’événement du 8 mars. Nous avons organisé des expositions, une séance de film-documentaire (Woman d’Anastasia Mikova et Yann Arthus-Bertrand au Cinepax), des journées récréatives dédiées à la santé sexuelle et reproductive des femmes. Cela fait maintenant trois ans que nous accompagnons dles jeunes du Lycée Moderne Ampefiloha autour des thèmes du leadership, du management de projet, des relations amicales et amoureuses saines, mais également autour de l’éducation sexuelle éclairée. Nous avons réalisé une distribution de 200 packs de serviettes hygiéniques durables sur cinq ans à des jeunes filles d’Antananarivo, de Toamasina, de Fénérive-Est et de Toliara pour lutter contre la précarité menstruelle. Nous allons également engager une action pour distribuer des serviettes au sein de la prison des femmes d’Antanimora. Nous réalisons enfin des groupes de parole à Madagascar comme en France. En France, nous organisons des événements pour faire rayonner la cause des femmes de Madagascar.

Les projets ?
Le plus gros chantier que nous ayons cette année est le projet Ilotsaina sur le Centre d’écoute, d’éducation et de prévention sur la santé sexuelle et reproductive pour 3 000 habitants d’Ambohitrarahaba. Nous sommes aussi lauréates 2020 de l’appel à projets PRA/OSIM (Programme d'appui aux projets des organisations de solidarité internationale issues de l'immigration) du Forum des migrations (Forim) et de l’Agence française du développement (AFD) ; cela va nous permettre de financer le démarrage du projet cette année. En France, nous sommes également lauréates d’un appel à candidatures de La Cité Fertile, nous avons donc l’objectif d’organiser un forum autour de trois ODD (Objectifs de développement durable),  « S’engager pour l’autre bout du monde », sur un week-end de trois jours en 2021. Notre projet à plus long terme est de pérenniser et de multiplier nos actions pour amplifier le mouvement en faveur du droit des femmes et de l’inclusion des hommes dans nos combats à Madagascar comme dans le monde.


Propos recueillis par Aina Zo Raberanto

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Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

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