Angisy : Tentacules sur le réel
10 mai 2026 // Media & Add-0n // 3483 vues // Nc : 196

Né d’un manque criant de visibilité pour les régions, Angisy se veut aujourd’hui comme un média en ligne qui parie sur le terrain, l’humain et une certaine idée du récit. Loin de la capitale, mais au plus près du réel.

Le nom intrigue, presque comme une fable scientifique qu’on aurait laissée traîner dans un carnet de reporter : Angisy (pieuvre). Un cerveau central, huit relais, trois cœurs — de quoi faire pâlir plus d’une rédaction sous perfusion. « On a été fascinés par cette intelligence distribuée, cette capacité à sentir partout à la fois », glisse Maholy Andrianaivo, sourire en coin. L’analogie n’est pas gratuite, puisque le projet refuse l’angle unique, la vision monoculaire. Et, accessoirement, elle évite le banal “Actu 24/7”, ce qui n’est déjà pas si mal. L’histoire commence presque par accident — ou par agacement. En 2018, lors d’une mission dans le Sud, Maholy observe une réalité – initiatives locales, trajectoires modestes, énergies discrètes – qu’aucun fil d’agence ne capte. « On voyait des choses fortes, mais personne ne les racontait. On a créé Angisy un peu sur un coup de tête, pour remettre de l’humain dans l’actualité », raconte-t-elle.

À l’origine, trois regards qui ne parlaient pas tout à fait la même langue — et c’est précisément ce qui les rendait compatibles. La plume de Maholy, l’œil de iAko Randrianarivelo, le sens du mouvement d’Harinjiva Razafimpamonjy. Texte, image, vidéo : un triptyque presque classique, mais ici pensé comme un organisme. Jusqu’en 2020, le trio documente des vies ordinaires aux accents d’épopée. Puis vient la parenthèse sanitaire du covid-19. La relance, en octobre 2025, ne se fait pas à Tana mais à Antsirabe. « Je voulais revenir dans le Vakinankaratra, m’éloigner du bruit. On peut faire du journalisme ailleurs, et bien », tranche Maholy. Dans son sillage, une génération plus fraîche formée, mobile, parfois insolente au bon sens du terme. Une rédaction compacte, où chacun a sa spécialité et où le mot “multimédia” n’est pas un slogan mais une pratique : reportages vidéo, podcasts en préparation, formats écrits qui prennent le temps.

Au fond, Angisy ne prétend pas déplacer le centre de gravité médiatique, mais le contourne. « Si les régions sont invisibles, c’est aussi parce qu’on ne leur donne pas la parole », insiste Maholy. Alors le média creuse, patiemment, comme on retourne une terre qu’on disait stérile. L’ambition ? Devenir une référence régionale, sans perdre le fil — humain, information, impact. Trois mots, dit-elle. Trois cœurs, pourrait-on ajouter.

Tatiana Randriamanakajasoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir