Angisy : Tentacules sur le réel
10 mai 2026 // Media & Add-0n // 1401 vues // Nc : 196

Né d’un manque criant de visibilité pour les régions, Angisy se veut aujourd’hui comme un média en ligne qui parie sur le terrain, l’humain et une certaine idée du récit. Loin de la capitale, mais au plus près du réel.

Le nom intrigue, presque comme une fable scientifique qu’on aurait laissée traîner dans un carnet de reporter : Angisy (pieuvre). Un cerveau central, huit relais, trois cœurs — de quoi faire pâlir plus d’une rédaction sous perfusion. « On a été fascinés par cette intelligence distribuée, cette capacité à sentir partout à la fois », glisse Maholy Andrianaivo, sourire en coin. L’analogie n’est pas gratuite, puisque le projet refuse l’angle unique, la vision monoculaire. Et, accessoirement, elle évite le banal “Actu 24/7”, ce qui n’est déjà pas si mal. L’histoire commence presque par accident — ou par agacement. En 2018, lors d’une mission dans le Sud, Maholy observe une réalité – initiatives locales, trajectoires modestes, énergies discrètes – qu’aucun fil d’agence ne capte. « On voyait des choses fortes, mais personne ne les racontait. On a créé Angisy un peu sur un coup de tête, pour remettre de l’humain dans l’actualité », raconte-t-elle.

À l’origine, trois regards qui ne parlaient pas tout à fait la même langue — et c’est précisément ce qui les rendait compatibles. La plume de Maholy, l’œil de iAko Randrianarivelo, le sens du mouvement d’Harinjiva Razafimpamonjy. Texte, image, vidéo : un triptyque presque classique, mais ici pensé comme un organisme. Jusqu’en 2020, le trio documente des vies ordinaires aux accents d’épopée. Puis vient la parenthèse sanitaire du covid-19. La relance, en octobre 2025, ne se fait pas à Tana mais à Antsirabe. « Je voulais revenir dans le Vakinankaratra, m’éloigner du bruit. On peut faire du journalisme ailleurs, et bien », tranche Maholy. Dans son sillage, une génération plus fraîche formée, mobile, parfois insolente au bon sens du terme. Une rédaction compacte, où chacun a sa spécialité et où le mot “multimédia” n’est pas un slogan mais une pratique : reportages vidéo, podcasts en préparation, formats écrits qui prennent le temps.

Au fond, Angisy ne prétend pas déplacer le centre de gravité médiatique, mais le contourne. « Si les régions sont invisibles, c’est aussi parce qu’on ne leur donne pas la parole », insiste Maholy. Alors le média creuse, patiemment, comme on retourne une terre qu’on disait stérile. L’ambition ? Devenir une référence régionale, sans perdre le fil — humain, information, impact. Trois mots, dit-elle. Trois cœurs, pourrait-on ajouter.

Tatiana Randriamanakajasoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Lire

13 juin 2026

Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Liberté. Le mot est lâché, et il résume tout. Vendredi 12 juin, l'hôtel Palissandre à Faravohitra a dévoilé sa nouvelle carte — un exercice annuel que...

Edito
no comment - Exister en malgache

Lire le magazine

Exister en malgache

Juin à Madagascar, c'est un mois qui déborde. La langue, l'enfant, l'indépendance — trois célébrations bousculées dans trente jours, comme si le calendrier avait, lui aussi, quelque chose à dire. Et si ce n'était pas un hasard ? Ces trois commémorations racontent, au fond, la même histoire : celle d'un peuple qui cherche, depuis 1960, à exister pleinement sur ses propres termes. Pas seulement dans les discours officiels et les défilés — dans la vie réelle, quotidienne, celle qui se joue désormais aussi sur un écran.Car le vrai terrain de la souveraineté culturelle s'est déplacé. Il est numérique, algorithmique, et aussi impitoyable. Une langue absente du web est une langue que le monde n'entend pas — et qu'il finit par oublier. Le malgache, parlé par trente millions de personnes, riche d'une histoire linguistique qui traverse les siècles et trois océans, mérite mieux que l'invisibilité numérique. L'initiative Wikiteny — atelier consacré à l'enrichissement des contenus en malgache sur internet — est allée dans ce sens. Ce type d'initiative doit être multiplié, amplifié, soutenu. Sans attendre.C'est là, précisément, que la langue rejoint l'économie. Une identité qui ne se raconte pas, c'est une culture qui ne se monétise pas — un savoir-faire qui reste sans vitrine. Madagascar exporte sa vanille, ses textiles, sa biodiversité unique. Mais que fait-on de l'autre richesse, l'immatérielle, celle qui ne figure dans aucune balance commerciale et qui, pourtant, vaut de l'or ? Soixante-quatre ans après l'indépendance, la vraie souveraineté se joue peut-être là : dans la capacité à dire qui nous sommes, en malgache — et à faire en sorte que le monde l'entende. Haut et fort.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Tahiry David Animator - Juin 2026 - NC 197

Découvrez Tahiry David Animator, un animateur 2D-3D dans le no comment® NC 197 – juin 2026.
Tahiry David Rasolofoson, plus connu sous le pseudo Tahiry David Animator, est un animateur 2D-3D malgache. Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, il fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir