Anaïs Meja : Peindre de l’intérieur
12 juillet 2026 // Arts Plastiques // 3618 vues // Nc : 198

À 14 ans, elle jongle déjà entre trois langues parlées, le violon, la boxe et la cuisine japonaise. Mais c'est sur la toile qu'Anaïs Meja s'exprime le mieux. La preuve, s'il en fallait une, qu'aux âmes bien nées, la valeur n'attend point l'âge.

Elle peint depuis ses quatre ans — comme la plupart des petites filles, avec des fleurs et des maisons griffonnées au feutre. Sauf qu'Anaïs avait déjà ce petit quelque chose, un sens des associations chromatiques qui n'aurait pas déparé chez une élève des Beaux-Arts. L'aquarelle est venue ensuite, naturellement, suivie tout récemment du digital, qu'elle pratique sur tablette pour des projets précis — collaborations avec d'autres artistes, mini-animations, gacha. « Tant qu'on peut s'exprimer, c'est de l'art », tranche-t-elle, sans détour. Cette aisance précoce a une explication clinique. Anaïs est HP (haut potentiel), surefficiente — une personne dont le quotient intellectuel dépasse 132, contre une moyenne générale de 100, et dont le cerveau fonctionne en pensée arborescente, une idée menant sans cesse à une autre. À peine 10 % de la population mondiale partage cette particularité. « Être HP, c'est une bénédiction. Mais ce n'est pas simple non plus », précise-t-elle, avec une lucidité qui tranche avec son âge.

La peinture, pour cette adolescente, n'est ni un passe-temps ni une distraction parmi d'autres — c'est un refuge. « J'ai l'impression d'être dans la toile, et je peins à l'intérieur de la toile », confie-t-elle avec sobriété. Une immersion totale, au point d'oublier les repas. Mais rester sans rien faire, chez Anaïs, semble tout simplement hors de portée. La jeune fille cuisine — trois plats japonais figurent à la carte du restaurant familial, dont elle s'occupe elle-même —, joue du violon, pratique la boxe. Comme si le cerveau capricieux qu'elle décrit avait besoin de plusieurs terrains pour s'épuiser un peu.

Sur la toile, aucune catégorie ne la retient, des portraits aux scènes abstraites en passant par les mosaïques, les paysages. Elle revendique des palettes voyantes, qui « tapent à l'œil ». Parmi ses œuvres, une toile l'a particulièrement marquée — une femme en pleurs, mais des larmes d'or plutôt que des larmes de tristesse. « Pourquoi pas pleurer de l'or ? Ça reste joli, ça brille. » Une autre figure une femme qui semble vomir des fleurs — des sentiments qu'elle n'arrive pas à expliquer, dit Anaïs, transformés en bouquet involontaire. Entre cinq heures et deux jours par toile, selon l'inspiration et la motivation du moment — souvent une simple photo de mannequin, et un crayon qui commence à visualiser. Sa première ambition est de remplir trois murs entiers de sa maison : un de portraits, un de mosaïques, un de paysages. Un début, dit-elle modestement. Le reste suivra.

Solofo Ranaivo

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