Akim Abdoul : Sans effets spéciaux
20 novembre 2025 // Success Story // 1623 vues // Nc : 190

Il y a des vies qui valent un film. Celle d’Akim Abdoul, ancien gamin délinquant des rues devenu responsable de restaurant, a tout d’un scénario de rédemption — mais sans effets spéciaux. Son parcours est juste celui d’un homme qui a refusé de rester là où la vie l’avait jeté. De la rage au courage ?

Il nous vient de loin. De très loin. Ce sont les premiers mots que prononce son patron quand on évoque Akim Abdoul, aujourd’hui responsable de magasin du restaurant Bogota à Isoraka. De loin, non pas en kilomètres, mais en cicatrices. De la rue, de la colère, de la honte — et d’un passé qu’il traîne encore parfois dans ses silences. En effet, Mickael Randriamanantena, de son vrai nom, n’est pas né sous une bonne étoile.

Un père alcoolique, une mère contrainte d’exercer un métier dont elle-même n’est pas fière pour nourrir ses deux enfants, des repas qui se font rares et une enfance qui ressemble à une longue fuite. « Mon histoire est loin d’être rose, mais elle m’a forgé », dit-il doucement, la voix à peine audible. Quand sa mère est incarcérée pour une histoire de recel, il passe de maison en maison, trimballé chez des parents lassés. À 13 ans, il quitte l’école. La rue devient sa salle de classe, la débrouille son seul manuel.

Très vite, Mickael verse dans la délinquance. « J’étais membre d’un gang. On faisait du vol à l’arraché. J’étais plutôt bon en la matière », avoue-t-il sans fierté. Chaque matin, il s’habillait bien, chemise repassée, air appliqué. À ceux qui demandaient, il répondait qu’il travaillait dans un restaurant en ville. Le soir, il rentrait tard, les poches pleines et le cœur vide. Jusqu’au jour où l’un de ses amis tombe sous les balles de la police, un autre finit derrière les barreaux. « Je me suis dit que si je continuais, je finirais mort ou en prison », raconte-t-il. Alors, il disparaît.

Change de quartier, change de fréquentations. Change même de nom, quand il se convertit à l’islam : Akim Abdoul. Mais le passé, lui, reste collé à la peau. « J’étais dur, impulsif. Pour moi, le seul moyen de régler un conflit, c’était de frapper », confie-t-il.

Ses débuts chez Bogota n’ont pas été simples. « Il faisait peur à tout le monde », se souvient un collègue. Même son patron admet que le nouveau recruté qu’était Akim avait le regard de quelqu’un qui en avait trop vu. « Mais il y avait quelque chose — je ne savais pas quoi — qui m’a donné envie de lui laisser sa chance », reconnaît l’employeur. Et ce geste a tout changé. Entré comme simple commercial – celui qui prend les commandes et livre les pizzas – Akim gravit peu à peu les échelons. Aujourd’hui, il dirige l’un des restaurants les plus fréquentés de la chaîne. Entre deux services, il suit des formations, apprend la gestion, la restauration, la discipline. « J’ai compris qu’on pouvait construire autrement que par la force », dit-il. Son rêve est d’ouvrir un jour son propre restaurant, ou peut-être une franchise Bogota. Il imagine déjà sa chaîne de valeur. « Produire moi-même ce que je servirai, cultiver la terre avant de nourrir les autres », lance-t-il, en véritable entrepreneur. « Je ne veux plus jamais revivre ce que j’ai vécu, ni que mes enfants passent par là », affirme-t-il. Quant à sa mère, qu’il appelle chaque soir, il promet qu’elle connaîtra enfin la paix. L’ancien gamin des rues a trouvé sa voie, non plus dans la fuite, mais dans la persévérance. Et dans la cuisine, il a trouvé ce qu’il avait toujours cherché : une raison d’exister, et un endroit où, enfin, rester.

Solofo Ranaivo

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir