AKAFITA : De rien à quelqu’un
14 mai 2026 // Assos // 887 vues // Nc : 196

Depuis 1958, un orphelinat discret du quartier d'Ampitatafika accueille, élève et propulse des enfants que la vie a mis à la marge. Plus de 300 sont passés entre ces murs. Certains pilotent aujourd'hui des carrières de mécaniciens aéronautiques ou de géotechniciens. L'histoire continue — à quarante enfants près.

Il y a des maisons qui ressemblent à des maisons. Et puis il y a Akany Fialofana Tangaina — AKAFITA pour les intimes — qui ressemble, elle, à autre chose. À une promesse tenue depuis soixante-sept ans. Fondé en 1958, le foyer a traversé les régimes, les crises, les grandes sécheresses de générosité qui frappent périodiquement le secteur associatif. Il est toujours là. Quarante enfants y vivent aujourd'hui, venus pour la plupart de la périphérie de Tanà, certains de plus loin — Soavinandriana, Ambatomanga —, tous réunis dans ce que la directrice, Randrianaivoarivelo Beby Hasina, appelle sans fausse pudeur « une famille ». « Notre mission, c'est de bombarder les enfants d'amour pour soigner leurs cœurs et booster leur avenir. On est plus qu'une équipe : on est leur papa, leur maman, leurs tontons et leurs taties », lance-t-elle.

Derrière la chaleur, une mécanique rodée. AKAFITA ne prend pas les enfants au hasard. Une enquête sociale approfondie précède chaque admission, pour s'assurer que le besoin est réel. La prise en charge commence à cinq ans — âge de l'entrée en scolarisation — et ne va pas au-delà de dix ans. « Passé cet âge, nous ne pouvons plus les intégrer », précise la direction. C'est une philosophie, autant qu'une contrainte : accompagner l'enfant au plus tôt, pour peser sur tout le reste.

Le modèle économique, lui, tient du funambulisme. Quinze millions d'ariary par mois pour couvrir scolarité, charges fixes et quotidien — soit 375 000 ariary par enfant. Pour boucler ce budget, AKAFITA s'appuie sur un savant équilibre : dons de fondations, soutien de la paroisse FJKM, parrainages — dix enfants actuellement parrainés, dont sept par des étrangers à hauteur de 65 euros mensuels. Les cinq pour cent restants viennent des activités propres du centre : petit commerce artisanal, gestion d'un parking. Rien n'est laissé au hasard, tout est compté. Les 300 anciens, eux, n'ont pas oublié d'où ils viennent. « Nos anciens assurent grave », dit fièrement la directrice. Il y a dans cette phrase toute la fierté discrète de ceux qui savent ce qu'une seconde chance peut produire quand elle est bien accompagnée. Reste un chantier : agrandir. L'extension de la capacité d'accueil est estimée à 800 millions d'ariary. Un projet morcelé par étapes, en quête de partenaires. Chaque brique supplémentaire, c'est une porte ouverte de plus. Et dehors, des enfants qui attendent encore.

Tatiana Randriamanjakasoa

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Lire

13 juin 2026

Restauration : Palissandre joue la carte de la liberté

Liberté. Le mot est lâché, et il résume tout. Vendredi 12 juin, l'hôtel Palissandre à Faravohitra a dévoilé sa nouvelle carte — un exercice annuel que...

Edito
no comment - Exister en malgache

Lire le magazine

Exister en malgache

Juin à Madagascar, c'est un mois qui déborde. La langue, l'enfant, l'indépendance — trois célébrations bousculées dans trente jours, comme si le calendrier avait, lui aussi, quelque chose à dire. Et si ce n'était pas un hasard ? Ces trois commémorations racontent, au fond, la même histoire : celle d'un peuple qui cherche, depuis 1960, à exister pleinement sur ses propres termes. Pas seulement dans les discours officiels et les défilés — dans la vie réelle, quotidienne, celle qui se joue désormais aussi sur un écran.Car le vrai terrain de la souveraineté culturelle s'est déplacé. Il est numérique, algorithmique, et aussi impitoyable. Une langue absente du web est une langue que le monde n'entend pas — et qu'il finit par oublier. Le malgache, parlé par trente millions de personnes, riche d'une histoire linguistique qui traverse les siècles et trois océans, mérite mieux que l'invisibilité numérique. L'initiative Wikiteny — atelier consacré à l'enrichissement des contenus en malgache sur internet — est allée dans ce sens. Ce type d'initiative doit être multiplié, amplifié, soutenu. Sans attendre.C'est là, précisément, que la langue rejoint l'économie. Une identité qui ne se raconte pas, c'est une culture qui ne se monétise pas — un savoir-faire qui reste sans vitrine. Madagascar exporte sa vanille, ses textiles, sa biodiversité unique. Mais que fait-on de l'autre richesse, l'immatérielle, celle qui ne figure dans aucune balance commerciale et qui, pourtant, vaut de l'or ? Soixante-quatre ans après l'indépendance, la vraie souveraineté se joue peut-être là : dans la capacité à dire qui nous sommes, en malgache — et à faire en sorte que le monde l'entende. Haut et fort.Solofo Ranaivo

No comment Tv

Interview - Tahiry David Animator - Juin 2026 - NC 197

Découvrez Tahiry David Animator, un animateur 2D-3D dans le no comment® NC 197 – juin 2026.
Tahiry David Rasolofoson, plus connu sous le pseudo Tahiry David Animator, est un animateur 2D-3D malgache. Lauréat de l'AnimJam 2026 à l'IFM Analakely, il fabrique des mondes entiers à partir d'un ordinateur, de nuits blanches et d'un sens aigu du chaos cartoon. Entre humour absurde et références pop malgaches, il impose peu à peu sa signature dans l'univers de l'animation.

Focus

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada, le samedi 21 et dimanche 22 février au Tana Water Front

no comment - Tournoi Komba Overcome de Tekken Mada

Voir