Pierrot Men : Le regard d'une vie
6 juillet 2026

À l'heure où les écrans débordent de couleurs saturées et d'images consommées en quelques secondes, Pierrot Men rappelle qu'une photographie peut encore imposer le silence. Avec Fofon'Aina (« Le souffle de la vie »), Hakanto Contemporary ne célèbre pas seulement un photographe : le centre d'art ouvre les portes d'un regard qui, depuis plus de cinquante ans, transforme les scènes ordinaires en mémoire collective.

Le 4 juillet dernier, les murs de Hakanto Contemporary, à Ankadimbahoaka, se sont laissés envahir par un souffle particulier. Celui de Pierrot Men. Plus qu'un vernissage, Fofon'Aina prend la forme d'une conversation entre un artiste et son époque, une invitation à ralentir dans un monde qui défile toujours plus vite. Imaginée par les commissaires Joël Andrianomearisoa et Rina Ralay Ranaivo, l'exposition restera visible jusqu'en février 2027. Son parcours se déploie comme un livre en trois chapitres : les archives personnelles et les premières peintures de l'artiste ; près de 300 photographies réalisées en cinquante ans, mêlant œuvres emblématiques, clichés oubliés et fragments de mémoire ; enfin, une sélection d'images prises aux quatre coins du monde, preuve que son regard n'a jamais connu de frontières.

Car Pierrot Men ne photographie pas seulement des paysages ou des visages. Il photographie le temps qui passe, les silences et ces instants ordinaires qui deviennent, presque malgré eux, extraordinaires. Fidèle au noir et blanc, sa signature depuis toujours, il fait de chaque contraste un récit. Ses images racontent Madagascar sans folklore ni artifice, avec une sincérité qui traverse les générations. « Cinquante ans de photographie, c'est une multitude d'histoires qu'il serait impossible de raconter une par une », confie-t-il lors du vernissage. La meilleure façon de les comprendre, ajoute-t-il, reste de venir les regarder. Une manière de rappeler que certaines œuvres se contemplent plus qu'elles ne s'expliquent.

Interrogé sur l'avenir de la photographie à l'heure de l'intelligence artificielle, Pierrot Men accueille ces nouveaux outils sans inquiétude, tout en rappelant que rien ne remplace le regard humain. Une position à son image, lucide et apaisée. Avec Fofon'Aina, Hakanto Contemporary propose moins une rétrospective qu'une traversée : celle d'un demi-siècle de photographie où, de l'ombre à la lumière, le souffle reste intact.

Lucas Rahajaniaina

Laisser un commentaire
no comment
no comment - Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Lire

16 septembre 2026

Fondation VISEO et Isuzu : une rentrée bien équipée

Le 15 septembre 2026, 550 élèves de l'EPP Ankorondrano – Charlotte Ranohisoa ont reçu un kit scolaire complet grâce à Isuzu Motors, Continental Auto e...

Edito
no comment - Fin de saison

Lire le magazine

Fin de saison

Septembre arrive toujours trop tôt. Comme cet invité qu'on n'a pas invité mais qui sonne quand même à la porte, sourire aux lèvres, valise sous le bras — sauf que là, c'est vous qui faites les valises. Les vacances tirent leur révérence, et avec elles, ce sentiment léger et un peu fou qu'on n'arrive jamais vraiment à décrire mais qu'on reconnaît immédiatement. Ce pincement au coeur, ce vide étrange qui s'installe le dernier soir, quand les étoiles semblent plus belles que d'habitude et que le lendemain matin, il va falloir partir.Ce sentiment, vous n'êtes pas les premiers à le ressentir. Demandez à vos parents. À vos grands-parents. Ils sont tous passés par là, et certains ont même eu la chance que des artistes le mettent en musique pour eux. En 1960, Gary Geld composait « Sealed with a Kiss », cette ballade douce-amère sur les amours estivales qui s'étirent jusqu'à l'automne. C. Jérôme en a fait « Le dernier baiser », et des générations entières ont pleuré discrètement dessus. Joe Dassin avec « L'été indien », Richard Anthony avec « J'entends siffler le train » — même idée, même pincement, autre mélodie. Et plus près de nous, Silo chantait « Eo am-pisarahana » avec cette façon malgache de dire les adieux qui fait mal au bon endroit. Les mots changent, la langue change, mais le sentiment reste identique depuis que les humains passent des vacances et finissent par rentrer.Alors oui, c'est normal. C'est même rassurant, quelque part. Cela dit, ne vous faites pas trop d'illusions non plus. On se promet des choses, le dernier soir — on se dit qu'on se retrouvera l'année prochaine, au même endroit, avec les mêmes gens. Mais l'école — le temps, je plaisante à moitié — peut tout changer. L'autre aura-t-il toujours le même regard ? Les parents choisiront-ils encore cette destination l'été prochain ou décideront-ils soudainement que la montagne, c'est très bien aussi ? Questions sans réponses, réponses sans garantie. Heureusement, vous avez ce que vos aïeux n'avaient pas — les réseaux sociaux, les messages vocaux, les stories et les appels vidéo à minuit. La distance est moins cruelle qu'avant. Le coeur lourd, lui, reste le même. Bonne rentrée quand même.

No comment Tv

Interview - L’Architecture du Goût - Août 2026 - NC 199

Découvrez L’Architecture du Goût, dans le no comment® NC 199 – août 2026.
À Antananarivo, deux univers créatifs se sont rencontrés autour d'une question simple : et si l'objet qui accompagne le repas transformait l'expérience même du goût ? L'Architecture du Goût, née de la collaboration entre le Studio ARRA et Kr.Atelier, propose une réponse aussi sensorielle que visuelle. Rencontre avec Ando Ramanantsoa et Kiady Ratovoson, les deux artistes qui redéfinissent l'art de la table.

Focus

Jazz@Tohatohabato

15e édition du festival Jazz@Tohatohabato, à Antananarivo du 5 au 9 août dernier
© Jazz@Tohatohabato

no comment - Jazz@Tohatohabato

Voir