Vangovango: Pour le prestige
1 mai 2013 - Traditions commentaires   //   9412 Views   //   N°: 40

Jamais identiques, les bracelets « vangovango » ont une valeur historique à Madagascar. Vieux de plus de cent ans, ils étaient autrefois fabriqués avec les anciennes pièces de 5 francs en argent. Frédéric Quéhen de la bijouterie Le Tamarin à Madirokely raconte leur histoire.

Les origines et modèles du vangovango varient selon les régions de Madagascar. Chez les Tsimihety, le dessin aux extrémités ressemble à une couronne des rois d’épiphanie. Les Antakarana se sont inspiré des bracelets indiens amenés par la migration des boutres qui passaient à Nosy Be en allant vers l’Afrique de l’Est. Originellement creux et en cire perdue, les Malgaches l’ont imité massif et en argent ; ils disaient que leurs bracelets donnaient de l’inertie dans les coups de machette.

Les rois sakalava, eux, ne voulaient pas posséder des piastres avec le visage d’un autre souverain. Ils demandaient alors aux forgerons de les fondre pour en faire des bracelets qui resteraient dans le trésor royal. Le vangovango pouvait symboliser l’alliance entre celui qui le portait et le pouvoir. Ailleurs, les commerçants portaient quelques pièces à un forgeron pour qu’il fabrique un bracelet. 

Le vangovango dévoilait alors l’origine géographique et sociale d’un homme. Plus tard, le bijou s’est transmis des grands-parents aux petits-enfants. À Mayotte, où 40 % de la population est sakalava, on l’appelle « le bracelet de grands-mères ».  Ainsi, chaque Malgache qui en a les moyens possède un bracelet faisant lien avec sa généalogie. La paupérisation à Madagascar fait du vangovango l’unique valeur des gens de la brousse. 

Ceux qui ont besoin d’argent le revendent à des collecteurs. C’est avec ces collecteurs que le bijoutier de Madirokely achète ses vangovango. « Je protège le patrimoine de Madagascar. Si je ne les achète pas, ils seront systématiquement fondus pour en faire de plus petits bracelets vendus aux touristes sur la plage », confie Frédéric Quéhen.

En cohérence avec l’idée de sauvegarde, il vend les vangovango à moitié prix aux Malgaches. Le concept d’alliance perdure même quand les étrangers achètent ces bijoux. Pour Frédéric Quéhen, si les voyageurs veulent posséder les vangovango, c’est « par amour du pays, pour rester connectés à Madagascar… »

Stéphane Huët

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