Tsinjoriake : Une aire nouvelle pour l’écotourisme
30 décembre 2012 - EscalesNo Comment   //   3389 Views   //   N°: 35

Difficile d’imaginer toutes les étapes qui vont conduire au classement d’un site naturel en aire protégée, puis de cette zone de conservation de la biodiversité en un véritable produit touristique.
Aux portes de Tuléar, la NAP (Nouvelle Aire Protégée) Tsinjoriake vient de s’ouvrir à l’écotourisme.
Visite guidée. 

Depuis 2009, la coopération internationale allemande GIZ, dans le cadre de son Programme germano-malgache pour l’environnement, a multiplié les études afin d’assurer la bonne gestion d’une zone de plus de 5 000 hectares qui englobe la majestueuse « Montagne de la table », imposant monument naturel qui domine une bonne partie du littoral sud-ouest malgache.

Recensement de la biodiversité, identification des zones de restauration prioritaires, renforcement des capacités de l’association villageoise Tamia gestionnaire de l’aire, en ont constitué les principales étapes.

Ces derniers mois, des initiatives ont été prises afin d’accueillir les visiteurs dans les meilleures conditions : aménagement des circuits, formation des guides, organisation de l’accueil, réalisation de différents supports d’information et de promotion. Jusqu’au mois de mars 2013, ce plan d’actions va demeurer d’actualité qu’il s’agisse de formation en français sur objectifs spécifiques du personnel d’accueil et des guides ou de la promotion auprès des professionnels du tourisme dont, principalement, les tours opérateurs réceptifs malgaches.

Cette zone, idéalement située aux abords immédiats de la RN7, mérite tous ces efforts.
Classée dans la catégorie « monument naturel et paysages harmonieux protégés », cette aire justifie largement son appellation.
Les sites sont, en effet, littéralement à couper le souffle… court du visiteur qui aura eu à gravir quelques pentes afin d’accéder, en premier lieu, au sommet de la « Montagne de la table » d’où l’on jouit d’une vue exceptionnelle à 360° sur l’arrière-pays et le littoral sud-ouest.

Les deux stations balnéaires d’Anakao au sud et d’Ifaty au nord s’offrent alors au même regard. Les falaises qui bordent la baie de Saint-Augustin et la mangrove qui jouxte le port de Tuléar venant compléter cette vue panoramique grandiose.
Ce circuit propose, en outre, une originale thématique « plantes médicinales » tant cette montagne (Andatabo en malgache) constitue un authentique réservoir d’une flore aux multiples vertus thérapeutiques.

L’aire protégée de Tsinjoriake se prolonge en une frange littorale jusqu’aux portes de Saint-Augustin.
Le circuit des grottes permet de s’imprégner des rituels animistes, très pratiqués dans la région, notamment au sein de la grotte de Binabe et de parcourir dans les alentours de la grotte de Sarodrano, un sentier escarpé qui traverse une petite forêt de « moringa ».
Aux premières lueurs du jour, la presqu’île sablonneuse de Sarodrano apparaît, tel un mirage, dans les eaux turquoise bordées de palétuviers. Le fourré xérophile (végétation basse composée d’espèces particulièrement adaptées aux sols secs) d’où émergent de magnifiques euphorbes coralliformes, est peuplé d’une très riche avifaune.
On peut rencontrer ici, en l’espace d’une matinée, sept des dix espèces d’oiseaux totalement endémiques du sud malgache.
Nul ne s’étonnera de croiser alors des ornithologues venus du monde entier dans ce véritable sanctuaire de la nature.
Pour eux, la rencontre avec le rarissime red shoulder vanga représente leur nirvana !

L’approche de l’algoculture constitue un autre circuit qui mène jusqu’aux plages de Sarodrano.
Après avoir observé des centaines de femmes « agricultrices » immergées dans le lagon et avoir été initiés aux secrets du bouturage des algues, les visiteurs pourront profiter des joies de la baignade aux heures les plus chaudes de la journée.
Il est ensuite vivement conseillé de rejoindre, en fin d’après-midi, la baie de Saint- Augustin.
Le village, blotti entre ses falaises, à l’embouchure du fleuve Onilahy, est toujours très animé. Les Tanalana et Masikoro y échangent au marché patates douces et maniocs contre l’odorant poisson séché des pêcheurs Vezo.
Le circuit Barn Hill qui conduit aux hauteurs qui dominent toute la baie est des plus spectaculaires.
Noyé dans une végétation épineuse où les élancés Alluaudias rivalisent avec les imposants Kalanchoes grandidieri, l’on peut assister au retour des pêcheurs qui, toutes voiles déployées, foncent sur l’immense plage à l’orbe parfaite.
Au soleil couchant, lorsque les falaises s’embrasent et que la mer se pare d’un bleu profond, on éprouve le sentiment d’assister à la naissance du monde.

Même émouvante impression en surprenant des centaines de flamants roses qui séjournent à longueur d’année à proximité de la mangrove qui borde l’embouchure du fleuve Onilahy.
La traversée en pirogue à voile traditionnelle, jusqu’à cette forêt de palétuviers, qui se fraye un chemin parmi celles qui ramènent toutes sortes de denrées du Sud profond, est « haute en couleurs ».

Un espace naturel bien vivant où s’exerce une réelle interaction entre homme et environnement, à découvrir de toute urgence et, désormais, de manière incontournable lorsque l’on se rend dans les contrées les plus méridionales de l’île continent.

Textes et photos : #RichardBohan 

COMMENTAIRES
Identifiez-vous ou inscrivez-vous pour commenter.
[userpro template=login]