Tsimihole : Fier d’être du Sud
2 octobre 2018 - CulturesNo Comment   //   2014 Views   //   N°: 105

Paléontologue de formation, c’est plutôt dans la musique de son terroir qu’il creuse pour enrichir son répertoire. Tovondrafale Tsimihole, signe son grand retour sur scène après une dizaine d’années d’absence. Véritable passionné, il a créé et animé le Festival des musiques du terroir Rebeke (Fierté) à Tsihombe de 2005 à 2013.

A voir ses tresses « roots » de l’Androy, on s’attend à voir débarquer un de ces artistes traditionnels équipés d’un marovany. Mais non,Tsimihole, préfère jouer de la trompette depuis ses 5 ans. « C’est justement cette image que je veux casser. Bien que je sois originaire d’une région éloignée qu’est Tsihombe, l’extrême-Sud, je suis un Antandroy moderne. Je valorise la musique de mon terroir avec des instruments modernes. » Et ceux qui l’ont vu jouer le 13 septembre dernier au no comment® bar savent à quel point il sait « ambiancer » avec sa trompette.

La musique de son terroir, il la connaît par cœur. Banaike, ara-dringa, tsikidola, des ryhmes du pays que Tsimihole intègre tout naturellment à ses compositions. « Le ara-dringa est un chant guerrier avec une cadence très rapide. Lors du ringa (lutte traditionnelle), c’est un moyen d’encourager les combattants. Ce genre de chant donne de l’énergie à ceux qui l’écoutent. C’est ce que je veux transmettre à mon public à chaque spectacle. Quant au banaike, c’est un rythme à cadence plus lente qu’on joue lors des rituels du havoria (fête du village). »

Né de la volonté de faire une musique hors des sentiers battus, le groupe Tsimihole a été fondé en 1990. Moment fort, sa prestation lors des Jeux de la Francophonie en 1994. Il a aujourd’hui une trentaine de titres à son répetoire et trois albums cassettes (le premier s’intitule Lomalilaly (incantation) et les deux autres portent simplement le nom du groupe). Avec sa voix éraillée, Tsimihole chante les réalités du Sud. Dans Raketa (Cactus), il constate que la population du Sud en est revenue au stade de la cueillette : « Les Antandroy cueillent et mangent du cactus pour éviter de mourir de faim.  Cela fait des années que le problème du keré (famine) perdure. Il existe pourtant de nombreux projets de don alimentaire. Hélas, ce n’est que le business de l’humanitaire. Ce n’est pas une solution pérenne. Il faut que les autorités locales prennent d’abord leurs responsabilités. »

Dans ses chansons, Tsimihole parle aussi d’écologie. « Tribonaly nanahary (Tribunal de Dieu) parle de la population qui coupe les arbres alors que c’est cela qui cause la sécheresse. L’homme est un poison pour lui-même. » Le social, la nature, la culture, des causes qu’il défend grâce à l’association Voron-kodohodo qu’il a fondée en 1993. Parmi ses réalisations, la création de la radio communautaire Odohodo à Tsihombe et l’organisation du Festival des musiques du terroir Rebeke depuis 2005. « Rebeke veut dire joie et fierté. Ce festival a eu pour but de promouvoir les artistes du terroir qui n’ont ni album, ni clip à montrer. J’ai voulu, pour une fois, les mettre en lumière » Un festival suspendu en 2013, faute de financement, mais qu’il compte remettre sur les rails. Le train est en marche !

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