Tsenan’omby : LES COW-BOYS DU SUD
15 septembre 2012 - Escales Escales commentaires   //   2485 Views   //   N°: 32

Une fois par semaine, des centaines d’hommes et de bêtes se rassemblent aux portes du Grand Sud, pour un des plus grands marchés aux zébus de l’île. Deux jours de marchandages dans une ambiance de far-west. 

Mercredi matin, au sud d’Ambalavao. De nombreux troupeaux recouvrent progressivement l’immense prairie qui surplombe le massif de l’Andrigitra, soulevant d’épais nuages de poussière. Le martèlement des sabots et les meuglements des zébus répondent aux cris rauques des bouviers, cow-boys d’un autre temps enroulés dans des couvertures, armés de sagaies et de fouet, sans bagages, ni chaussures. Nicolas, 28 ans dont 25 passés à marcher sur les routes du Sud, houspille une dizaine de bêtes. « Nous sommes éleveurs de père en fils », lance-t-il fièrement. Nicolas vient d’Ampanihy, non loin de Tuléar. Il est parti trois semaines auparavant, chargé de vendre le bétail familial mais aussi quelques bêtes pour d’autres petits propriétaires, ramassées au fil de sa transhumance.

En général, les négociations se font directement entre les vendeurs et les acheteurs, majoritairement des bouchers de la capitale, des négociants ou d’autres éleveurs. Aujourd’hui, Nicolas a déjà un acquéreur Noaly. Assis devant un immense registre, celui-ci note avec soin l’origine des bêtes, l’âge, la couleur de la robe, le village d’origine, le numéro de vaccination. « J’achète une centaine de zébus par mois pour un négociant de Tamatave », explique-t-il. « Nous montons les bêtes par quarante dans des camions jusqu’à Antananarivo où elles sont abattues. Certaines sont même exportées sur pieds vers les Comores. » Après d’âpres négociations, Noaly achète les dix zébus de Nicolas à 850 000 Ariary par tête. Le règlement se fera en espèces le lendemain, dans un coin plus calme. Pour Nicolas, la journée est bonne.

Près de 2 000 zébus transitent ainsi chaque semaine pendant les deux jours de marché. Pour beaucoup, les enjeux sont importants. Joseph, un petit propriétaire de Sakaraha, fausses Ray-Ban sur le nez et blouson en cuir, est venu ce matin par taxibrousse surveiller la vente de ses trente bêtes. Il vient presque toutes les semaines : « Avec le zébu, on gagne assez bien sa vie. Mais c’est un métier qui peut être dangereux. Entre les maladies et les dahalos, qui sillonnent les axes de migration, on perd parfois la moitié du troupeau. Sans compter la corruption et les accidents ». Entre le Sud, pays des éleveurs, et les Hauts Plateaux, terre des consommateurs, Ambalavao, grosse bourgade indolente de 35 000 habitants, est une plaque tournante de ce commerce. Symbole de richesse à Madagascar, le zébu reste une source de risques mais génère autant de fantasmes. 

#BénédicteBerthonDumurgier

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