Toujours plus ?
1 mars 2016 - Fanahy gasy commentaires   //   806 Views   //   N°: 74

« Manao vikin’alina, aleo mihaotra toy izay tsy ampy » (Pour faire un saut à la nuit tombée, mieux vaut qu’il soit un peu plus long que pas suffisant). Non, ce dicton ne parle pas de performances sexuelles, vous n’y êtes pas, grands dégoûtants ! 

Imaginons un Ntaolo (ancien), au milieu de la campagne, de nuit, à son époque, sans éclairage public. Bien qu’il connaisse le chemin, qu’il l’emprunte quotidiennement, et qu’il en ait une bonne mémoire visuelle, il a quelques difficultés à évaluer les distances pour enjamber une racine ou sauter un fossé. Parce qu’il y voit que dalle. Ntaolo ou pas, si on ne lève pas assez les pieds ou si le saut est trop court, avec grâce ou pas, on se casse la gueule. Par conséquent, un de nos réflexes d’auto-protection nous pousse à lever ou allonger un peu plus la jambe, pour nous donner une marge de sécurité. Mais si on exagère le geste, on risque de se donner un coup de genou dans le menton ou de tomber sur l’obstacle suivant.

Imaginons maintenant que notre Ntaolo doive préparer le banquet du mariage de sa fille. Il va lancer les commandes chez le boulanger, le maraîcher et le boucher deux à trois jours avant. Il préparera la veille les viandes qui se conservent un peu une fois cuites, et fera les salades, vertes et de fruits, le matin des noces, quand le pain sera livré. Mais s’il s’y prend plus tôt d’une journée, les viandes seront rancies, la salade verte flétrie, la salade de fruits fermentée et le pain rassis. Tout le monde sera malade et sa fille lui en voudra pour toujours.

Notre Ntaolo est un homme prévoyant. Il met de côté un peu d’argent, pour le cas où il se blesserait de nuit ou pour soigner un empoisonnement collectif. Mais il n’est pas obnubilé par l’appât du gain, il n’accumule pas compulsivement et maladivement.

Dans l’espace, le temps et les moyens matériels, notre respectable compère nous rappelle que l’excès est nocif. Qu’il vaut mieux prévenir que guérir, mais sans oublier que le mieux est l’ennemi du bien. Certains me diront abondance de biens ne nuit pas. Je laisse José Mujica, l’ancien président du Paraguay, répondre : « Je ne fais pas l’apologie de la pauvreté mais celle de la sobriété. Nous avons inventé la société de consommation en quête de perpétuelle croissance. On s’est inventé une montagne de besoins superflus. Il faut acheter et jeter pour acheter encore. Et c’est notre vie qu’on dilapide, car on n’achète pas quelque chose avec de l’argent, mais avec le temps de vie qu’on a dépensé pour gagner cet argent. Mais la vie ne s’achète pas, elle s’écoule. Et il est lamentable de gaspiller sa vie à perdre sa liberté. » Alors, vous prenez ça par-dessus la jambe ?

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