Tony « gilasy » : L’homme qui venait du froid
18 août 2013 - Métiers commentaires   //   1109 Views   //   N°: 43

En 2001, après avoir connu les grosses galères du chômage, Tony décide de se mettre à son compte et choisit de travailler dans la glace alimentaire. Avec sa glacière montée sur roues, il jette certes un froid partout où il passe, mais le soir il a largement de quoi faire bouillir la marmite… 

Le sorbet à 50, 100, 200 ou 300 ariary, oui c’est possible avec Tony, le marchand ambulant de gilasy (glace). Poussant sa glacière montée sur trois roues, ce jeune père de famille de 28 ans est une figure bien connue d’Ankorondrano à Analamahitsy et d’Anosivavaka à Ankazomanga, ses circuits favoris. Pas moins de 20 kilomètres par jour, avec sur son tricycle bleu ce fier slogan en belles lettres blanches : « Iny kay ilay tena izy » (ça, c’est de l’authentique). Et ses clients ne s’y trompent pas ! Vers 11 heures, son passage devant le lavoir public d’Anosivavaka est très attendu par les lavandières brûlées sous le soleil. Également par les enfants des quartiers qui choisissent volontiers d’acheter ses petits cornets plutôt que le mofogasy traditionnel. 

Et pour cause, chez Tony les glaces sont jusqu’à soixante fois moins chères que dans les magasins. Une aubaine ! Ce qui lui permet d’en écouler jusqu’à 15 kg par tournée lors de la saison chaude (le tiers en hiver). 

Sa gilasy de fabrication artisanale n’a rien de « gastronomique », avec seulement deux parfums au choix : fraise et vanille. Mais le succès est garanti, comme auprès de cette petite fille qui trépigne d’impatience dans les jupes de sa mère alors que Tony est en train d’installer la boule dans le biscuit. « Avec les années, je suis parvenu à améliorer la qualité de mes glaces. La recette est la même partout, mais chacun y apporte sa petite touche personnelle et au final, c’est ce qui fait la différence. Quant aux cornets, je me les procure dans une boutique spécialisée à Isotry. » Son habileté à satisfaire les papilles des petits et des grands est peut-être héréditaire. Son père était confiseur dans une importante société de Tana. « Même s’il est parti trop tôt, il m’a légué cette passion pour les plaisirs sucrés… » 

Tony s’est lancé dans la vente ambulante de glace en 2001, après des années de galères dues au chômage. Sans le moindre sou en poche pour commencer, il a lui-même fabriqué son chariot, ainsi que la précieuse glacière qui lui permet de conserver sa marchandise toute la journée, même en plein soleil. « J’ai tapissé les parois intérieures avec du polystyrène pour empêcher la température interne de monter », explique-t-il. Simple mais efficace. Le seul gros investissement qu’il a fallu faire a été l’achat d’un réfrigérateur de 120 litres où il stocke ses glaces pour la semaine, chez lui à Andranomahery. « Par l’intermédiaire de ma mère qui était fonctionnaire, j’ai pu faire un achat à crédit dans un grand magasin de Tana. Heureusement, car à l’époque les frigos étaient vraiment hors de prix. » Avec la rage de réussir, il se jette à l’eau (froide cela va sans dire), mais aujourd’hui il n’est pas peu fier de parvenir à nourrir les siens grâce à son business. « J’ai réussi grâce au froid, mais entre nous j’ai eu chaud », lance-t-il dans un grand sourire. 

Solofo Ranaivo

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