Tongue Nat: Truc de ouf
3 avril 2013 - CulturesNo Comment   //   2960 Views   //   N°: 39

Emporté dans la tourmente des années 2000, il reparaît quinze ans après pour signer un album capital. L’album d’une génération et d’une scène rap qui n’oublie jamais de saluer les pionniers. Si Tongue Nat m’était conté…

«Je m’appelle Tongue, James Tongue. » C’est de cette façon complètement déjantée qu’un certain Tongue Nat (Onja Nirina Ralambomamy pour l’état civil) se présentait à ses contemporains à la fin des années 90. C’est l’époque où aux côtés de Slam Jah et Davy, il anime 18.3 (Adaladala 3), l’un des tout premiers combos rap gasy, au même titre que les MCM Boys (aujourd’hui Da Hopp) ou Karnaz. Leur nom est directement inspiré de l’hôpital psychiatrique d’Anjanamasina (le « 18 » en code tananarivien).

Fous ? En tout cas de rythm and poetry (pour rap) avec un superbe album, M’nday Figo (Fou à lier), survolté comme un électrochoc, sorti en 1999. Le premier grand succès du HH (prononcez haintso haintso et traduisez hip-hop) malgache, annonçant la grosse vague qui s’apprête à déferler sur les années 2000.

Mais sans 18.3 qui se mue en un éphémère 18.2 après le départ de Davy, avant de raccrocher définitivement les platines. Exit Tongue Nat qu’on retrouve un temps, vers 2007, animateur télé sur MBS.Et c’est ce même Tongue Nat quirefait surface aujourd’hui, avec à la clé son premier album solo ! Son titre HAT.

« Rien de politique », précise-t-il. Juste l’acronyme de Harena Ankibon’ny Tongue, jeu de mots signifiant que comme la pierre précieuse, il faut savoir creuser profond pour trouver la « richesse enfouie en Tongue ».À preuve, ces 14 titres facettés comme des diamants (‘Ty ny bomba, Feon’ny devoly sy anjely, Anjaran’là no mizôzy), qu’il aura mis quatre ans à sortir de leur gangue ! Car l’homme est un « maniaque de la perfection », un insatisfait chronique, toujours à retoucher un tempo, un timbre, la consonance d’un mot.

« Je ne sors rien tant que je ne suis pas satisfait », prévenait-il autour de lui. Heureusement, arrivent en 2010 Samoëla et sa société Be Mozik qui se proposent de le produire, en même temps que Tantsaha, le premier album de Rajery. Cela a sans doute contribué à vaincre les dernières réticences de Tongue Nat. Voici en tout cas un album particulièrement abouti, synthétisant et parfois transcendant une bonne quinzaine d’années d’expériences consacrées au « groove », à l’éclate musicale. 

Flow compulsif, scratchs vertigineux… les textes sont également au rendez-vous sur des thèmes très diversifiés (amour, politique, religion), avec cette verve drolatique (aaaa !..) qui a toujours signé Tongue Nat. « Je ne donne aucune leçon dans cet album. Dans Anjaran’là no mizôzy (A toi de jauger), j’évoque l’alcoolisme et l’addiction aux drogues. Mais comme moi-même je ne fume pas et je ne bois pas, ce n’est pas à moi de dire si c’est mauvais ou non. Je dis juste : fais comme tu le sens, mec, mais ne dépasse pas les bornes ».

Comme le grand frère qu’il est devenu avec les années. Plus mûr et plus réfléchi. « Vous remarquerez que j’ai dépassé l’âge de l’adolescence », ironise-t-il. D’autres musiciens comme Anyah, GMMC, Karnaz, Marion et Raj apparaissent sur l’album. Juste tribut à l’une des influences majeures du rap d’ici.

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