The mohair man : Éric Mallet et le tapis malgache
27 août 2010 - Sorties commentaires   //   1627 Views   //   N°: 07

Dans une vie antérieure, Éric Mallet parcourait le monde dans le sillage de Jean-Michel Jarre et de son énorme staff technique dont il faisait partie comme spécialiste des éclairages grande puissance. Entre deux tournées internationales, Éric s’évadait sur son catamaran. C’est ainsi qu’en 1993 il quitte le port d’Hyères, direction l’océan Indien. Au large des côtes de la Sava, une tempête a raison du mât. Tant bien que mal, l’équipage poursuit jusqu’à l’île Sainte-Marie. Là s’achève l’aventure maritime. Là se termine la première vie d’Éric…

Immédiatement, Madagascar l’interpelle et le fascine. Le jour de ses 30 ans, il débarque à Ampanihy, petite ville perdue dans l’immense bush du Sud qui n’évoquerait rien à personne si elle n’était, en quelque sorte, la capitale malgache du tapis. Ce fils d’adjointe à un commissaire-priseur a grandi dans l’ambiance des ventes aux enchères. Tout ce qui touche au monde de l’art l’intéresse et la découverte de l’ensemble de cette filière mohair en déperdition le passionne.

Rapidement, Éric va envisager de redonner son lustre à cette branche artisanale. Quatre années de tests et d’observations le conduisent à un premier constat amer : il est incontournable d’importer de la laine. « Malgré cette triste réalité, le défi m’a intéressé. Produire des objets de luxe dans un environnement extrêmement pauvre avait quelque chose d’insensé qui correspondait à mon désir du moment. Contrairement à la logique économique qui voudrait que l’on installe des ateliers près de la production de laine, j’ai décidé de rester à Ampanihy, essentiellement afin de profiter du savoir-faire, mais surtout de l’amour des tisserandes pour leur métier ».

Éric s’implante donc au fin fond du grand Sud, dans un village dépourvu de tout, et même d’électricité – un comble pour ce spécialiste en

éclairage ! Commencent alors de longues expérimentations, notamment dans la recherche de teintures végétales. « Il était impensable d’utiliser des couleurs chimiques. Pendant des années, nous avons collecté toutes sortes de plantes dans la brousse voisine afin d’en extraire des colorants. Nous disposons de toute une gamme de couleurs ».

Aujourd’hui, quelques dizaines de tisserandes maîtrisent une technique incomparable. Chaque tapis est entièrement noué à la main, à raison de 70 000 noeuds au m². Cette densité permet des reflets et des variations de teintes qui confèrent à ces créations une luminosité fascinante.

Éric crée des motifs souvent largement inspirés du pays Mahafaly, qui s’orientent de plus en plus vers des sujets contemporains mais

expriment toujours une véritable communion entre les sources d’inspiration ethnique et moderne.

Si vous êtes de passage à Tuléar, ne manquez pas de visiter le superbe show-room et de rencontrer Éric qui a toujours mille anecdotes à raconter au sujet de la réalisation de ses oeuvres d’art.

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