Tantely Mamy Raoelison : « Les sensibilisations de masse sont de moins en moins efficaces »
7 décembre 2015 - Associations commentaires   //   2670 Views   //   N°: 71

Madagascar reste l’un des pays d’Afrique les moins affectés par le VIH/Sida. Pour autant, les chiffres de la contamination ne cessent de progresser alors que les opérations de sensibilisation s’intensifient ces dernières années. Le coordinateur de programme VIH/Sida auprès de PSI Madagascar nous en dit plus.  

On dit que le taux de prévalence du VIH/Sida à Madagascar a augmenté…
Madagascar reste encore l’un des rares pays d’Afrique les moins affectés par le VIH. Le spectrum 2013 indique un taux de prévalence estimée à 0,4 % chez la population de 15 à 49 ans. Il existe des groupes minoritaires que nous estimons le plus exposés aux risques d’infection au VIH comme les hommes ayant des rapports sexuels avec les hommes (HSH), les consommateurs de drogues injectables (CDI) et les professionnel(le)s du sexe (PS). Les niveaux commencent à inquiéter avec 14,8 % de personnes affectées chez les hommes ayant des relations sexuelles avec les hommes, 7,1 % chez les consommateurs de drogues injectables et 1,3 % chez les professionnel(le)s du sexe. Les jeunes de 15-24 ans, les personnes détenues et les partenaires de ces populations clés sont également plus exposés au risque de contamination.

Cela signifie-t-il que les actions de sensibilisation sont inopérantes ?
Nous reconnaissons que les sensibilisations de masse sont de moins en moins efficaces. L’insuffisance d’informations et de connaissances relatives à ces populations-clés reste un grand défi à relever si l’on veut assurer une véritable prévention. C’est pourquoi nous avons opté pour une autre stratégie qui consiste à nous rapprocher de ces populations-cibles. Désormais nous effectuons des tests sérologiques dans les lycées, nous marquons notre présence dans les activités culturelles, et même les karaokés et bar. Ainsi nous améliorons notre impact. Ce que nous préconisons : l’abstinence, l’utilisation des condoms et les tests Avec l’appui, bien sûr, des pairs éducateurs et des médecins de Top Réseau.

Pourquoi cette peur du dépistage ?
Le problème reste la honte d’aller se faire dépister dans les centres de santé. C’est pour cela que nous avons décidé d’aller vers les gens. Et je peux vous dire que dans les lycées, par exemple, les jeunes se font dépister. Ce faisant, nous avons levé un véritable tabou. Mais il est toujours rassurant de connaître son statut, d’autant que le Sida ne se transmet pas seulement par les rapports sexuels. Personne n’est à l’abri.

Des capotes parfumées à la fraise pour lutter contre la pandémie ?
Nous avons fait toute une campagne pour introduire cette nouvelle marque de condoms appelée Yes. Tout est à prendre du moment que cela incite à utiliser le préservatif. Ce dernier s’ajoute à Protector Plus qui est connu depuis déjà une dizaine d’années, mais pour le moment, il n’est disponible qu’à Antananarivo.

Le combat continue…
À partir de 2016, nous allons mettre en place un nouveau système que nous appelons Test, Treat and Retain. Il consiste à donner immédiatement des médicaments antirétroviraux aux personnes dépistées et qui sont séropositives. Cela permettra de les surveiller et de les traiter directement car auparavant il fallait les orienter vers les médecins, et cela n’était pas toujours évident pour suivre l’état de ces malades qui transmettent la maladie.

Propos recueillis par #HildaHasinjo

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