Talike Gellé
2 juin 2014 - MusiquesNo Comment   //   2688 Views   //   N°: 53

Vent du Sud

On l’a vue donner de la voix dans la formation indo-océanienne Trio-T, en novembre dernier. Une de ces expériences métisses qu’adore mettre en scène cette immense interprète des chants polyphoniques du Grand Sud. Entre bekoblues, sarajazz et banafunk, la belle ne craint pas de décoiffer la tradition !

Qui a dit que la musique traditionnelle malgache n’a pas d’audience à l’étranger ? Jusqu’au 27 décembre 2014, l’agenda de Talike Gellé est comme on dit « overbooké » avec des concerts dans les plus grands festivals « roots» d’Europe ou d’Asie. Son nom n’évoque sans doute pas grand-chose pour le public local. Pourtant, cette chanteuse, compositrice, danseuse et conteuse, résidant en Suisse, est l’une des interprètes les plus écoutées dans le monde du beko – le blues Antandroy – et de tous les chants polyphoniques du Sud : jihé, gagnaoke, goleke ou rimotse. Elle a notamment remporté en 1998 le premier prix du prestigieux concours international Kleurrijk Talent à Rotterdam, Pays-Bas, avec son groupe Tiharea, un trio polyphonique traditionnel a cappella. « Pour moi, l’important n’est pas d’être célèbre ou pas. Ce qui importe, c’est de faire connaître la culture de Madagascar dans le monde, de la frotter à toutes les autres. »

Un véritable apostolat qui la conduit régulièrement à animer à Marseille des stages de chants typiques du Grand Sud et de danses traditionnelles de sa région natale, entre banaïke, tsinjabe, mangononoke, tsotsoboke ou tsimoniny. Et son public est loin de se circonscrire à la diaspora malgache. « Il y a un véritable engouement pour tout ce qui est world, et la Grande Ile a sa carte à jouer dans ce mouvement en raison de son exceptionnelle diversité musicale. Je connais des amateurs de blues américain qui ne jurent que par le beko ! » Sans doute pense-telle à son complice de scène, le guitariste mauricien Erik Triton, avec qui elle a tourné l’année dernière au sein de la formation Trio-T, avec le Réunionnais Tilou. C’est d’ailleurs lors d’un concert à Madagascar du trio, en novembre dernier, que le public local a pu découvrir cette artiste dont la générosité et l’envie de partager éclatent littéralement sur scène.

Après deux opus avec le trio Tiharea (Tiharea en 1999 et Ry ampela en 2003), elle crée avec le guitariste Kilema le duo Talilema, une formation faisant la part belle aux instruments traditionnels : kabôsy, mandoline, marovany, valiha, katsa. Puis c’est l’envol pour l’Europe où elle lance plusieurs formations métisses, intégrant des artistes de différentes nationalités, comme Oblomow’s Ladies Night, les Perles d’Amour, Woman Care ou encore Blind Note Bande, un groupe qui soutient l’ONG Lumière Pour Le Monde pour la lutte contre la cécité en Afrique.

Et bien sûr le Trio-T à coloration indo-océanienne. « Même si j’aime bien ces formations multinationales, je fais toujours en sorte que mon beko s’entende. En chantant, je pense toujours à mon petit village d’Ifotake, à ce peuple des épines (N.D.L.R., traduction du nom Antandroy) qui a fait ce que je suis. »

Sa passion des rythmes traditionnels n’en fait pas une folkloriste fermée sur son héritage. Bien au contraire ! Elle aime fusionner les rythmes, comme avec le sarajazz, mélange de sarandra et de jazz, le bekoblues, le banafunk (banaike et funk) ou le classigagnaoke (musique classique et gagnaoke). Le choc des civilisations !

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