Stéfano : « Ni zamal, ni argent braguette »
10 mars 2015 - Cousins-cousines DiasporaNo Comment   //   2336 Views   //   N°: 62

Inscrit comme étudiant, Stéfano est installé depuis six mois à La Réunion. Il porte un regard neuf sur quelquesuns des préjugés véhiculés dans son lycée de Tana avant son départ.

Stéfano Ratsimbazafy fait partie du bon nombre d’anciens élèves du Lycée français de Tana qui ont fait le choix de poursuivre leurs études en France.   « Les deux tiers des élèves de ma classe ont opté pour la Métropole, je suis le seul à avoir choisi La Réunion.» Trop proche pour le dépaysement ? L’Université de La Réunion n’a pas forcément une bonne réputation. Parmi les clichés répandus chez les lycéens de Tana, l’étudiant réunionnais est un fumeur de zamal (rongony), et « l’argent braguette » n’incite pas au travail. Stéfano, un peu inquiet à son arrivée, découvre un tout autre environnement. « Ici, tout est tranquille, et La Réunion est très accueillante. Les voitures s’arrêtent pour laisser passer les piétons. » 

Il s’aperçoit aussi que les regroupements de jeunes faisant du raga dance hall dans la rue ne sont pas si fréquents que ça, que ce type de pratique festive se déroule naturellement dans les discothèques. Le zamal n’est pas non plus un stimulant pour les étudiants. Stéfano va surtout découvrir une autre forme de relaxation : la méditation collective, qu’il pratique par des cours ayant lieu sur la plage deux heures par semaine. Le réseau de solidarité malgache est quant à lui très efficace pour les nouveaux arrivants. L’Association des étudiants malgaches à La Réunion guette l’arrivée de tout compatriote sur Facebook, et propose son aide à l’installation. Stéfano ne connaissait quasiment personne, il a été contacté dès son arrivée sur son profil.

La Réunion est pour lui une bouffée d’oxygène. Un signe, il a diminué nettement son temps passé sur les réseaux sociaux et sur les jeux en ligne, et a appris à redécouvrir les gens dans la vie réelle. « J’ai repris le contrôle sur ma vie en arrivant ici », explique-t-il. Parmi les nouveautés pour lui, se balader à 3 heures du matin dans les rues de Saint-Pierre sans inquiétude, ou encore découvrir un nouveau sport et moyen de locomotion sur le front de mer, le longboard (ou longskate) qui était difficilement praticable sur les chemins pavés de Tana entre les voitures.

Le seul poids sur les épaules des Malgaches qui poursuivent leurs études est l’obligation de réussite. Pour la famille, mais aussi pour le renouvellement des visas pour les étudiants. Stéfano en a eu l’expérience. Orienté vers la Faculté de Droit, il s’aperçoit au bout de six mois que cette voie ne lui correspond pas du tout. Il s’oriente en cours d’année vers la Chambre de commerce et opte pour le management. Le personnel de la préfecture lui explique à demi-mot qu’il vient d’utiliser son premier joker pour le renouvellement des papiers… 

Texte et photo #JulienCatalan 

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