Soubi : Le zinzin au dzendze
2 juillet 2015 - Comores Diaspora commentaires   //   2416 Views   //   N°: 66

Auteur, compositeur et interprète, Soubi est né à Mohéli (Mwali) la plus petite île des Comores. Il est connu comme le grand spécialiste du dzendze, cette valiha comorienne qu’il a su porter à son plus haut point d’expression. 

Une voix sublime portée par des sonorités aériennes ! C’est ce qu’a découvert le public venu en nombre apprécier son spectacle à l’Institut français de Madagascar en février dernier, lors du Festival des arts urbains de Tananarive. Soubi (Athoumane Soubira pour l’état civil) a subjugué son auditoire par sa manière d’improviser ses chants en s’aidant d’instruments traditionnels aussi divers que le gambussi (luth apprenté à l’ancien qanbus du Yémen), le ngoma (tambour) et bien sûr le dzendze (ou ndzendze), la valiha comorienne !

On s’accorde à reconnaître que c’est lui qui a remis en selle cet instrument en forme de boîte ou de cylindre, muni de part et d’autre de deux séries de cordes en câbles de frein de vélo. Les cordes sont pincées des deux mains, ce qui crée cette savante polyrythmie. « J’ai commencé à jouer le dzendze il y a fort longtemps, dans les années soixante-dix, à l’époque du président révolutionnaire Ali Soilih. On m’avait donné un bout de contreplaqué pour me faire une ardoise pour aller à l’école (c’était l’époque de l’alphabétisation obligatoire !) Mais j’ai désobéi aux ordres et préféré couper le contreplaqué pour me confectionner mon premier dzendze… Ce qui m’a valu d’être envoyé dans une localité voisine pour éviter les représailles des autorités…» Bref, Soubi est déjà un insoumis, un rebelle. Il est perçu comme un déviant, pour ne pas dire un fou chez les censeurs de l’époque. Il profitera de sa disgrâce pour étudier le dzendze et en développer considérablement le jeu, jusqu’à en être considéré aujourd’hui comme le grand maître. « Je suis passé du statut de zinzin à celui de maître du dzendze », aime-t-il à plaisanter.

A ses débuts, Soubi n’a jamais envisagé de carrière internationale. Pour lui, il s’agit avant tout de se divertir et de créer de l’animation, du lien social, sous les arbres à palabre de son village. Mais en 1997, lors d’un voyage à Moroni, la capitale des Comores, il fait la rencontre de Boina Riziki, un joueur de gambussi avec qui il décide de fonder un trio acoustique complété par Houssein Ali, un spécialiste du kayamba (hochet en roseau d’origine africaine). Ils sont alors découverts par le célèbre ethnomusicologue allemand Werner Graebner qui va les encourager à sortir leur premier album Chamsi na Mwezi (le Soleil et la Lune), un recueil de chansons de mariage traditionnelles, considéré également comme l’une des œuvres phares de l’afro-folk comorien (produit par Dizim Records). Dès lors, le trio va enchaîner les tournées à l’extérieur du pays , faisant entendre la voix des Comores dans les plus grands festivals.

A Mohéli, les compositions de Soubi sont toujours jouées à l’occasion des mariages, à travers ces danses festives que sont le mgodro ou le chitete. Un artiste tradi-moderne incontournable.
 

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