Sens plastique
4 septembre 2014 - Portfolio commentaires   //   1798 Views   //   N°: 56

Résidence d’artistes Kantsa :

une recette qui fait monter la sauce

Prenez une boîte de générosité (de celle qui se conserve en même temps qu’elle se transmet), versez-la dans un grand bol d’air, et ajoutez çà et là les artistes croisés sur le chemin, les écoliers du coin, pas mal de bonne volonté et les valeurs du développement durable. ​Plongez le tout sous la spatule d’un certain GG, Grand Goûteur… Vous obtiendrez la résidence Kantsa, un lieu d’accueil pour les artistes, à une encablure de Tana. Kantsa pour Kanto an-tsaha, de l’art à la campagne, mais aussi pour le Kantsa, ce hochet des cérémonies de tromba : des graines dans une boîte de conserve.

Avec l’objectif ambitieux de créer un centre culturel en milieu rural, le projet Kantsa se développe sur le domaine d’Imaitsoanala Ambohitrombihavana, du côté d’Ambohimangakely : un terrain de deux hectares et une maison d’habitation accueillent artistes et voisinage pour du spectacle vivant (cirque, danse, théâtre), du street art, des manifestations musicales, mais aussi pour les temps de création des artistes résidents. Depuis 2011, des plasticiens de partout viennent y savourer les couchers de soleil parfumés des pinèdes : d’Afrique du Sud (Color Ralph, Meghan Judge), de Belgique (Laurent Lafuma), de France (Loïc Damade, François Bel, #ErickMonjour), de la Réunion (collectif AléAAA : Jean Marc Lacaze, Cristof Denmont, Stéphane Kenklé, et Nikunja), mais aussi naturellement de Madagascar (Izaac Azaly).

Un festival annuel, les Rencontres Australes d’Imaitsoanala/ Revy Eny Kantsa, permet de mettre en valeur les productions des artistes et de les partager autant avec les habitants des environs qu’avec le public venu de Tana.

Étroitement liée à la galerie Is’art d’Analakely, ainsi qu’à la compagnie l’Aléa des possibles, la résidence se veut avant tout un lieu d’échanges et d’inspiration.

Elle repose entièrement sur la volonté de quelques fondateurs, et sur les ressources de l’association Dest : Al (Destination Imaitsoanala) qui collecte en France des fonds pour l’entretien du domaine. Cette initiative reste exceptionnelle à Madagascar, où la création artistique doit souvent s’accommoder des contraintes du quotidien.

Si d’autres résidences d’échanges ont eu lieu par le passé (par exemple Razana sy Vina en 2002 à l’initiative de Christiane Rafidinarivo, ou encore Padar à Tana en 2003 à l’invitation de Richard Razafindrakoto et de Ricky Olombelo), elles sont restées ponctuelles et l’ancrage territorial de Kantsa devrait lui permettre de perdurer.

Photo: #PhilippeMoulin

Chez nos cousins réunionnais, la résidence est habituellement plus institutionnelle, les échanges avec le public, notamment scolaire, étant orchestrés par les services de l’État (Culture et Éducation nationale).

Par exemple, le dispositif Écriture de lumières a vocation à faire se rencontrer la photographie et le jeune public, dans une logique qui veut faire coïncider création artistique et pédagogie. Il est ouvert aux photographes de partout, sur proposition d’une structure réunionnaise.

Depuis trois ans, le photographe Philippe Moulin promène ainsi les enfants de son quartier, la Ligne des Bambous, à travers les ruelles pour leur faire capter une réalité en mutation rapide, affiner leur regard et créer du lien. Un ouvrage sort cette année, témoin de ses échanges avec leurs parents, autour d’une thématique qui elle aussi rassemble : la cuisine.

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