Sens plastique
3 juillet 2015 - Cultures Livres commentaires   //   2429 Views   //   N°: 66

Pierrot Men : partage de graines 

Pour présenter sa nouvelle exposition, Des arbres et des Hommes, accrochée actuellement sur les murs de l’Institut français de Madagascar, Pierrot Men évoque ses huit ans et ses jeux avec les boîtes d’allumettes sur lesquelles, déjà, on conseillait à l’époque de protéger la forêt.

Ému par le feu, autant que par l’arbre, 

Pierrot Men nous convoque pour une curieuse pérégrination entre vie et mort, entre respects et usages, entre recommandations environnementales et obligations vitales. En témoigne cette tendresse pour les familles de charbonniers, tout autant que sa fascination pour la plastique végétale.

À l’origine de ce projet, une commande pour des portraits de baobabs, émanant du Parrur, programme de coopération scientifique franco-malgache, et l’enthousiasme évident du chercheur Hervé Duchaufour pour « décliner les relations tantôt conflictuelles, tantôt fusionnelles entre les arbres et les habitants de Madagascar ». 2015 a été déclarée année du climat, mais au lieu de se contenter de recommandations moralisantes, les chercheurs associés au Parrur ont voulu confronter les perceptions des uns et des autres sur l’arbre et la forêt. Avec l’appui éditorial de Bénédicte Berthon-Dumurgier, ils ont mêlé leurs sensibilités à celles de collégiens et lycéens de Fianarantsoa et d’Antananarivo, pour parvenir à un très bel ouvrage de textes et photographies, publié par les éditions Carambole.

Un livre qui donnera certainement à réfléchir, mais surtout un hommage de plus au talent immense de Pierrot Men, qui, infatigable arpenteur de son île, partage avec nous les fruits merveilleux de ses récoltes. On en sort chaque fois grandi. 

Vero Raharijaona : la voie du vent 

Inspirée elle aussi par la nature, Vero Raharijaona poursuit depuis 1998 une exploration de la peinture marquée ces derniers temps par l’influence impressionniste.

Cette juriste de formation, fille de diplomate, revient à Madagascar en 1987 après des études supérieures en France. Elle y commence une carrière en lien avec ses études mais après une dizaine d’années, elle décide de démissionner du poste qu’elle occupe dans une banque pour se consacrer entièrement à ses pinceaux. Autodidacte, elle va commencer une exploration qui la mène du surréalisme à l’abstraction, au rythme de deux expositions par an. Depuis quatre ans, elle a cependant repris le chemin du bureau, puisqu’elle s’occupe des relations extérieures au ministère de la Culture sans toutefois abandonner la toile. Car en effet la peinture de Vero lui permet de s’évader, dans un geste presque thérapeutique pour échapper au stress quotidien.

Très marquée par les éléments naturels, elle s’applique à rendre cette part de rêve qu’elle perçoit dans son environnement. La matière, travaillée dans la pâte, suggère la fluidité et le mouvement du vent, les silhouettes sont suggérées, laissant une grande part à l’interprétation du public.

Quand on lui parle d’art contemporain, elle évoque la liberté pure, y compris celle de demeurer incompris. Une démarche qui ne la concerne plus, même si elle s’y est essayée en d’autres temps, notamment avec le collectif Vaika.

En quête de sérénité, elle accrochera ses cadres en octobre prochain aux cimaises de l’Alliance française d’Antsirabe, ville qu’elle associe au calme et à l’évasion.

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