Salut la compagnie !
12 mai 2016 - Cultures Fanahy gasy commentaires   //   1002 Views   //   N°: 76

« Ny tonga ihany no arahabaina » : Ne sont salués (ou félicités) que ceux qui sont arrivés.

Le Ntaolo (ancien) d’Ambatolampy qui recevait ses amis de Sambava leur disait bien sûr bonjour ; il les saluait dans le sens de s’enquérir de la santé de son prochain, mais par le double sens d’arahabaina, il les félicitait aussi « d’avoir réussi » à être encore vivants, après toutes ces années, les maladies, les disettes, et leur périple en charrette à zébu.

Ce même Ntaolo, aujourd’hui, qui irait rendre la politesse à ses amis en taxi brousse, voudrait pouvoir être félicité d’être encore en vie et rappellerait certainement ce dicton au chauffeur qui roule trop vite, trop mal, ou trop alcoolisé dans un véhicule trop vieux, trop déglingué et aux pneus trop lisses, voire trop souvent tout ça ensemble, et des fois en plus quand il pleut. Il fallait y penser : pour s’entendre dire tonga soa et salama ve, il faut ne pas être mort. Ou comme le dit doucement mais sûrement un autre proverbe, il vaut mieux arriver en retard qu’arriver en corbillard.

Et si par malheur notre Ntaolo mourrait écrasé par un zébu qui roule trop vite, on dirait qu’il est arrivé au bout de sa vie, qu’il a atteint l’autre rive. Nous le saluerions alors comme un grand sage, nous saluerions en lui l’homme perspicace, nous l’honorerions.

Lors d’une réunion sportive honnête (respect de l’adversaire, des règles, des décisions de l’arbitre et de l’esprit du jeu), quels que soient le parcours, les difficultés, le mérite et le dépassement des participants, les applaudissements et les trophées ne sont que pour les premiers à avoir franchi la ligne d’arrivée ou marqué le plus de points. Après le ou les trois médaillés, pas de félicitations. Mais c’est pas grave, l’esprit sportif c’est aussi, pour les perdants, savoir rester digne, se satisfaire d’avoir participé, et jusqu’au bout. Pour le champion, c’est la gloire, l’adulation. Pour un temps seulement, jusqu’à ce qu’un autre fasse mieux. C’est le jeu.

Dans d’autres domaines moins fair-play, en politique (où la ligne droite est le chemin le plus long) ou dans les affaires, seuls les résultats comptent. Sont congratulés les gens arrivés, qui ont réussi, riches ou nommés à des postes de responsabilité. Effectivement notre société a tendance à ne féliciter que les plus grands, les plus forts, ou considérés comme tels. On ne s’interroge que rarement sur leur parcours, bon ou mauvais. Ont-ils triché, menti, volé, exploité, négligé, tué ? Ontils une société écran au Panama ? Sont-ils des dealers de bois de rose ? Sont-ils du genre à nous mettre des coups de poings dans le dos et des coups de couteau dans la figure ? Trop souvent ! Ils sont les nouveaux rois à qui il faudrait faire la courbette quand ils passent… Leurs fifres et leurs sous-fifres la leur font en pensant récupérer quelques miettes. Le bon peuple ne marche pas mais court, et malheureusement quand il est à point il s’habitue. Il s’incline et voue un culte à ces hétaïres et à leurs mauvaises habitudes qui pourtant l’aliènent. Jusqu’à la prochaine révolution.
Vous êtes arrivés à la fin de cette rubrique, je vous salue.

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