Sainte-Luce d’hier 84 et d’aujourd’hui
1 janvier 2014 - Escales commentaires   //   1250 Views

n°48

Au milieu du XVIIe siècle, des marins français débarquent sur une anse bien protégée à l’extrême sud de la Grande Ile le jour de la Sainte Lucie. Ce site demeure préservé et accueille désormais des touristes qui viennent s’immerger dans un environnement luxuriant.

C’est exactement en 1642 que, sous le commandement de Jacques Pronis, des émissaires de sa gracieuse majesté Louis XIII Roi de France (il reste moins d’un an à vivre à ce monarque), atteignent les rivages d’une île idéalement située sur la route des Indes. Si l’on excepte l’implantation durant quelques années de marins portugais échoués un peu plus au sud, cette « intrusion » fut le premier réel contact entre les populations locales et les Européens. Les Antanosy, rapidement exaspérés par ces étrangers qui veulent ériger un comptoir d’esclaves, mettront un terme à cette aventure. L’Anosy verra néanmoins, depuis cette date, déferler moult flux migratoires. Aujourd’hui, les acteurs locaux du tourisme souhaiteraient accueillir davantage de visiteurs. Grâce à un projet minier qui, d’ailleurs, n’affecte en rien la découverte d’une profusion d’aires protégées et réserves naturelles, la ville de Fort-Dauphin s’est embellie et les prestataires de services touristiques se sont multipliés. Parmi eux, Madagascar Classic Collection qui possède deux lodges barefoot luxury dans l’extrême sud, offre l’opportunité depuis Lokaro de rejoindre Sainte-Luce en kayak. Ces frêles esquifs colorés n’ont vraiment rien de comparables aux imposants galions qui mouillaient autrefois dans les mêmes contrées… Quatre journées de croisière fluviale, entre lacs et lagunes, avec bivouacs sous tente « tout confort ». Les nuits sont agrémentées de quelques sorties afin de surprendre microcèbes et autres caméléons. Cette randonnée permet de contempler, au fil de l’eau, une abondante végétation dominée par les ravinala. L’excursion kayak se termine par un séjour au sein du luxueux Lodge Manafiafy Beach and Rainforest Lodge. Pêche ou plongée, farniente ou balades se succèdent alors. La proximité du site historique de Sainte-Luce offre l’opportunité de s’imprégner des activités de ce village de pêcheurs. Au milieu de l’après-midi, les marins reviennent à bon port. Autour de dizaines de pirogues, les tractations s’engagent. Des paysans de la chaîne anosyenne toute proche ont vendu leurs racines de manioc ou, à la saison, leurs litchis et ananas. Avant de rejoindre leurs montagnes, il leur faut négocier l’achat de quelques poissons. De très longs palabres pour peu d’argent. Ces populations vivent en quasi-autarcie d’une agriculture ou de pêche vivrières. Les quelques Occidentaux qui, il y a encore quelques minutes surfaient sur internet et s’immiscent désormais entre les cases, semblent être les seuls à s’étonner que l’on puisse vivre heureux dans un tel dénuement. Il y a fort à parier, en effet, que malgré la présence d’un lodge et les incursions de quelques-uns de ses hôtes, Sainte-Luce d’aujourd’hui ressemble, à s’y méprendre, au Sainte Luce des derniers siècles…

Richard Bohan

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