Saïd-Ali Said Mohamed : « Pour un cinéma comorien »
3 février 2016 - Comores Diaspora commentaires   //   2653 Views   //   N°: 73

La deuxième édition du Comoros International Film Festival (CIFF) s’est tenue aux Comores du 8 au 13 décembre dernier. L’occasion de constater qu’un cinéma comorien « 100 % local » est véritablement en train d’émerger, ainsi que nous l’explique le réalisateur Saïd-Ali Said Mohamed. 

Quel bilan tirez-vous de cette deuxième édition du Comoros International Film Festival ?
Organiser un festival de cinéma dans un pays où il n’existe pas de salles de cinéma, encore moins une industrie du cinéma, relève de la folie. Financièrement, cette deuxième édition a été un peu compliquée, mais nous y avons cru jusqu’à la dernière minute. Nous avons pu organiser des projections en soirée à Moroni, Itsandra et Mitsamiouli tandis que les matinées étaient consacrées aux ateliers de réalisation, d’écriture ou de jeu d’acteurs. Tout cela grâce au soutien des autorités comoriennes, mais également des festivals de la région océan Indien. Les médias locaux ont également fait un travail remarquable de relais. Ensemble nous avons mené à bien cette belle aventure.

Quelles sont les oeuvres qui ressortent de cette édition ?
Quand nous comparons les films projetés en 2012 et ceux que nous avons reçu cette année, on sent une nette évolution aussi bien au plan technique qu’esthétique. Le cinéma comorien s’illustre aujourd’hui dans tous les genres. C’est ainsi que nous avons présenté cette année deux documentaires très aboutis : Les voiles aux Comores de Wonssia Issouffou et Madjadjou, la décharge de Moroni ? d’Asma Binti Daouda. Mais aussi de l’animation 2D avec L’histoire d’Amadou, de Zainou El Abidine Mohamed et de la fiction avec Danger de mort de Yahaya Allaoui (en cours d’achèvement).

En quoi le Comoros International Film Festival a-t-il changé le cinéma comorien ?
Avant 2012, il était difficile de parler d’un cinéma comorien. Certes, nous avons des réalisateurs comme Hachimiya Ahamada, Mohamed Said Ouma, Mounir Allaoui, Said Hassane Ezidine, mais tous sont issus de la diaspora. Sinon c’étaient des étrangers qui faisaient des films sur les Comores ou utilisaient les décors comoriens. Le déclic s’est produit en 2011 avec la création de l’association Ciff dans le but de promouvoir le cinéma comorien et de faire émerger des infrastructures cinématographiques aux Comores : en premier lieu ce festival international qui est une biennale, mais également un centre de formation et une salle de cinéma. Des projets ont ainsi pu aboutir. Pour la compétition nationale, nous avons reçu sept films, deux de la diaspora et cinq films locaux, preuve que les choses commencent à bouger.

L’avenir ?
La relance du cinéma comorien ne repose pas que sur ce festival, ce n’est qu’un tremplin. Ce qu’il faut, c’est multiplier les échanges cinématographiques, favoriser l’émergence d’infrastructures. Depuis 2014, en partenariat avec les festivals de la région, le Festival international du film d’Afrique et des îles (Fifai) à La Réunion, les Rencontres du film court à Madagascar et Île Courts à Maurice, nous avons mis en place le Forum Film Bazar, une plateforme d’échanges d’expériences et de bonnes pratiques du cinéma. L’année prochaine, c’est le Ciff qui accueillera à Moroni ce grand rendez-vous inter-îles du cinéma.

Propos recueillis par #MoussafiriMourchidi

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