Rybota : Quand la musique est bonne
2 juillet 2014 - Cultures Music commentaires   //   2684 Views   //   N°: 54

Son sobriquet de Rybota (le Gros) est tellement assumé qu’il a eu l’idée de nommer ainsi sa formation, naturellement portée sur l’éloge des plaisirs de la table. Jazz gourmet ou jazz gourmand ? Une chose est sûre, ça fait du bien par où ça passe ! 

Andriamanalitiana Ramalanjaona, dit Naly, a été gratifié par la Nature d’une corpulence qu’on va qualifier de certaine, ce qui lui a valu depuis toujours le sobriquet de Rybota, le Gros. Mais comme Naly est un gars qui a du talent et de la suite dans les idées, c’est aussi devenu depuis 2012 le nom de son groupe. Pas exactement un big band, ce serait trop facile, même s’il est pas mal question de jazz dans cette formation. A son crédit, un premier album très inspiré, Mana’zika, sorti en mars dernier. Naly y assure essentiellement la basse et le chant (il est aussi pianiste), bien entouré de Joel Rabesolo (guitare), Miora Rabarisoa (batterie), Dovs (claviers) et Nantenaina Andriantiana (trompette). Quelques invités notoires également en la personne de Nicolas Vatomanga (saxophone) et de Stéphanie Rafidiarison. Bref, la crème du jazz gasy actuel.

Une oeuvre marquée par une belle décontraction et un sens évident du travail bien fait : Mana’zika lui aura demandé pas mois de trois années de travail, de l’artisanat comme on l’aime ! Si on a tendance à le rapprocher de Samoela ou Princio, lui s’en défend : « Certaines sonorités sont similaires et comme eux j’aime bien raconter les petites histoires du quotidien. Mais si on écoute bien, on peut voir que ça n’a rien à voir. » Plus que de jazz, lui parle de variété au sens le plus ouvert et le plus généreux du terme. « La variété ne fait pas forcément référence à un produit commercial ultra-formaté. C’est d’abord une approche grand public. Je n’aime pas la musique pour spécialistes, j’aime qu’elle soit facile d’accès, ce qui ne veut pas dire simpliste au niveau des arrangements ou des paroles. » Le résultat c’est un panachage subtils de références bien maîtrisées, notamment les rythmes africains qu’il goûte par dessus, avouant son admiration pour des artistes comme Étienne M’bappé ou Richard Bona. Et bien sûr l’empreinte d’Olombelo Ricky qu’il considère comme sa principale influence.

Un morceau comme Mi’kaly rend hommage à l’une des passions avouées de Rybota, la bonne bouffe ! « On chante ce qu’on aime non ? Moi j’aime le plaisir de l’amour et le plaisir de la table. Il faut souvent passer à table avant de passer au lit, et après généralement tu as à nouveau faim », s’esclaffet- il. Humour de gourmet gourmand à la mesure d’un album gentiment hédoniste qui nous change un peu de la grisaille et de la désespérances ambiantes. « Mana’zika (faire de la musique) renvoie à l’expression manahy vary (étendre le riz au soleil). C’est un peu ce que je fais : j’étends ma musique au soleil pour qu’elle soit encore plus nourrissante et nourricière. » Un riche album en somme qui ne devrait pas coller d’indigestion. 

Rybota : 032 66 370 38

Joro Andrianasolo

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