Ranaivo Ravorontsiloza:
15 décembre 2013 - Métiers commentaires   //   2196 Views   //   N°: 47

Il ne sera pas le dindon de la farce !

Ranaivo surnommé Le Dindon est marchand de dindes. Rien de plus logique en somme. Toute comme l’incroyable flambée des prix que connaît ce volatile à l’approche des fêtes de Noël. Bref, en ce mois de grande bouffetance, Ranaivo a tout pour être un homme heureux…

Vive décembre, le mois des fêtes, des bons gueuletons et des dindons dodus ! Pour Ranaivo que ses amis surnomment affectueusement Ravorontsiloza (dindon), c’est vraiment un mois béni. Marchand de ce précieux volatile au marché de la Petite Vitesse, il va en tirer une source de revenus non négligeables à l’occasion des fêtes de Noël. « En temps normal, c’est à peine si j’en vends trois en une journée. Mais quand approche Noël, chaque matin j’en écoule une bonne cinquantaine, à 12 heures ma journée est finie ! » Autant dire que c’est lui qui est à la fête avec un chiffre d’affaires plus que décuplé. Des centaines de spécimens vendus au poids, parmi lesquels il convient de distinguer la dinde du dindon, autrement Madame de Monsieur, sans oublier leur petit, le dindonneau ! « Au goût, ça ne fait pas de différence. La chair est onctueuse, et comme l’animal est de taille, il y en a pour toute la famille », commente Ranaivo avec un claquement de langue des plus éloquents.

Pour la petite histoire, le volatile était déjà élevé en basse-cour par les Indiens d’Amérique, notamment au Mexique. Il fut ramené en Europe au XVIe siècle par les colons espagnols. On l’appelle « poule d’Inde » car à l’époque les Espagnols confondent encore l’Inde et l’Amérique, d’où son nom de « dinde », par contraction. Très vite, elle se substitue à l’oie traditionnelle qu’on servait jusque-là à Noël. La recette de la dinde aux marrons (dinde farcie accompagnée de châtaignes) est évidemment étrangère à la culture malgache, faute de marrons. On se contente de faire bouillir la dinde dans une marmite avec tomates, oignons, ail et gingembre. Saveurs garanties !

Ranaivo n’est pas éleveur. Il fait venir ses volatiles directement de Toliara et de Betioky Sud, là où existe une ancienne tradition d’élevage. « À Tana, je n’ai pas l’espace pour faire une ferme. De toute façon, l’élevage serait une charge trop lourde pour moi, je préfère rester vendeur. » À l’approche des fêtes, la demande s’affolant, le prix de la dinde est automatiquement revu à la hausse. Un spécimen de 1,5 kg vendu ordinairement 30 000 Ar peut alors atteindre les 45 000 Ar. Les grosses pièces d’environ 3 kg flirtent avec les 75 000 Ar. De quoi se sentir l’étoffe d’un Rockefeller le temps des achats de Noël ! « Je mets de côté ce que je gagne en décembre, ainsi ça me permet de finir mes mois dans de bonnes conditions le reste de l’année. Mais je suis loin d’être un milliardaire… » A 42 ans, père de famille avec déjà trois petits-enfants, Ranaivo sait au moins ce qu’il y aura dans sa marmite le jour de Noël. C’est déjà ça !

Solofo Ranaivo

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