Rakoto Frah Junior : Au nom du père
2 février 2013 - MusiquesNo Comment   //   3460 Views   //   N°: 37

Douze ans après la mort de Rakoto Frah, ses descendants n’en finissent pas de relayer la mémoire de celui qui reste plus grand musicien malgache du XXe siècle. L’homme qui a fait entrer la « sodina », la flûte de bambou des Hautes Terres, dans les musiques du monde. Rien que ça !

Vaillent que vaillent les années, Dadakoto est toujours là. C’est le surnom affectueux que lui donnaient ses petitsenfants qu’on retrouve aujourd’hui dans Rakoto Frah Junior. Une formation qui se donne pour mission de transmettre l’immense héritage de celui qui fut et reste le plus grand flûtiste et compositeur malgache de tous les temps : plus de 500 chansons originales, pas loin de 800 si l’on compte les adaptations !

C’est ainsi. Douze ans après sa disparition, Rakoto Frah, de son vrai nom Philibert Rabezoza Rakoto (1923-2001), reste une légende. Le seul artiste malgache à avoir figuré sur des billets de banque (de 100 ariary) dans les années 80 ! Le premier aussi à s’être produit à l’étranger où il impose l’art de la sodina, la flûte de bambou traditionnelle qui depuis des siècles rythme le vakodrazana, la musique populaire des Hautes Terres. Un talent unanimement salué, aussi bien par le saxophoniste Ornette Coleman, à une époque où le jazz découvrait les musiques du monde (John Coltrane, Pharaoh Sanders), que par Ian Anderson, le flûtiste et leader du groupe de rock Jethro Tull, qui le cite comme sa référence majeure. Sans parler de ses prestations aux côtés de Paul Simon et de Manu Dibango ! Pas mal pour un petit campagnard qui n’a jamais mis les pieds à l’école, jamais lu une partition, tout appris à l’oreille en jouant dans les famadiahana et les circoncisions depuis l’âge de 10 ans !
« Dadakoto était conscient de la place qu’il occupait dans la musique malgache. Il nous a formés, nous ses petits-fils, pour qu’on prenne sa relève, et c’est comme ça que Rakoto Frah Junior s’est naturellement constitué le lendemain de sa mort », commente Patrice, lui-même flûtiste et chef de la troupe. « Parfois il s’énervait, il nous frappait avec sa sodina quand il voyait qu’on n’apprenait pas assez vite. On lui en sait gré, aujourd’hui même les étrangers s’intéressent à notre vakodrazana. » La musique de Rakoto Frah fait toujours recette. Elle signe quasiment le pays.
C’est pourquoi le guitariste Erick Manana, à l’époque de Feo Gasy, n’hésitera pas à faire appel au vieux maître pour accoucher de ce pur chef d’oeuvre qu’est l’album Tsofy Rano (1996). Pour autant, Rakoto Frah Junior ne se contente pas de refaire à l’identique du Rakoto Frah. À la sodina et aux aponga (tambours) traditionnels s’ajoutent des instruments plus modernes comme la basse acoustique. Sans parler de l’introduction sur scène de danseuses traditionnelles (dihy gasy). « Toute chose qui aurait sans doute scandalisé Dadakoto mais que nous assumons, car il faut savoir évoluer tout en préservant l’esprit », estime Patrice. Depuis 12 ans, le groupe tourne essentiellement en Europe afin d’honorer les contrats souscrits par Rakoto Frah. « Quand on hérite des biens d’une personne, on hérite aussi de ses engagements », soupire Patrice. Ce sont autant d’occasions manquées pour le public malgache qui n’aura droit cette année qu’à deux ou trois concerts de Rakoto Fr ah Junior. Raison de plus de ne pas les rater.

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