Rado Rabenanahary : Toujours dans la note
12 janvier 2015 - Métiers commentaires   //   2612 Views   //   N°: 60

Pas d’arme plus meurtrière qu’un instrument mal accordé, estime Rado Rabenanahary, facteur de piano. Sorti du conservatoire de Lyon, il a choisi faire de la réparation de piano son métier. De quoi payer ses notes… sans fausses notes.

Equipé d’une boîte à outils remplie de clés anglaises, Rado Rabenanahary a tout d’un mécanicien (la combinaison imbibée d’huile et la clope au bec en moins). Sauf qu’il est facteur de piano. Plutôt que de retaper les vieilles guimbardes à coups de marteau, lui se contente de redonner une seconde jeunesse aux pianos qui chevrotent et zozotent avec l’âge. Son travail consiste autant à réparer qu’à restaurer et entretenir ces dignes instruments. Manque-t-il une touche en ivoire à la dentition de Mamie ? Comptez sur lui pour lui poser prestement le pivot qui convient… « Il y a pas moins de 12 000 pièces dans un piano et à peu près 1200 réglages possibles. Un vrai casse-tête ! »

Si l’oreille musicale et la pratique instrumentale sont indispensables pour exercer, le facteur doit être aussi un artisan d’art accompli, capable de maîtriser des savoir-faire traditionnels et des techniques de pointe appliquées au bois, au métal et à la mécanique. Il intervient autant sur la mécanique du piano (cadre, cordes, clavier, têtes de marteaux, chevalets, étouffoirs, pédales) que sur les éléments de mobilier (pieds, marqueterie). « Là, je fais de l’accordage : c’est une maintenance du point de vue de l’harmonie qui consiste à faire des réglages en augmentant ou en diminuant la tension des cordes correspondant à la note », explique-t-il, opération consistant à actionner chaque touche de l’instrument, afin de trouver la corde récalcitrante. « En fait, pour faire un simple accordage, il faut retoucher toute la table harmonique même s’il n’y a qu’une corde qui est déréglée. Un travail de fourmi ! »

Petit-fils d’un facteur de piano qui l’a initié tout jeune à l’accordage, Rado Rabenanahary a fait le conservatoire, suivi de deux ans de stage en France. « J’y suis allé initialement pour le jazz, mais on nous a appris aussi la facture. Un pianiste se doit de bien savoir régler et s’occuper lui-même de son instrument. » En 2011, il revient au pays et fonde sa propre entreprise de facture Analamanga Music. Et comme presque tous les facteurs, il vend aussi des pianos de marque, de trois à 40 millions d’ariary, selon le modèle et la gamme.
Ses services sont très demandés, aussi bien par les particuliers que par les instituts culturels et écoles de musique, ou encore par les pianistes qui vont donner des concerts. « Ces derniers savent régler eux-mêmes leur instrument, mais ils préfèrent me confier cette tâche car c’est très stressant pour eux. » Sa prestation varie de Ar 90 000 à Ar 120 000, expertise oblige. 

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