Rabearivelo II : PRESQUE COMPLET
13 septembre 2012 - CulturesNo Comment   //   1352 Views   //   N°: 32

L’édition critique intégrale de l’oeuvre de Jean-Joseph Rabearivelo s’achève avec la parution du tome II recouvrant ses textes de création pure. Le fonds des manuscrits est cependant loin d’être épuisé et un troisième ouvrage pourrait encore voir le jour, sur support numérique cette fois. 

Trois quarts de siècle après sa mort, ce sont finalement plus de 3 000 pages tirées sur papier bible qui constituent l’édition critique intégrale de l’oeuvre de Jean-Joseph Rabearivelo (1903-1937). Ce vaste projet d’édition aura donc pris quatre ans, initié en septembre 2008 par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), en collaboration avec l’Agence universitaire de la Francophonie. Francophone, autant qu’a pu l’être Rabearivelo dont l’oeuvre s’enracine aussi bien dans le français, langue importée, langue imposée, que dans le hova, sa langue maternelle. Au point que ses derniers recueils Presque-Songes (1931) et Traduit de la nuit (1934) sont strictement bilingues.

Pendant des décennies, ses descendants n’ont pas souhaité que ses manuscrits, dont un grand nombre d’inédits, tombent dans le domaine public. Il a toujours flotté autour de Rabearivelo, « poète suicidé de la société » comme aurait dit Artaud, un halo de scandale. À tout moins de malaise. En 1990, Présence africaine a bien le projet d’éditer son journal inédit, les fameux Calepins bleus, mais l’aventure tourne court. Jusqu’au jour où Brice Rakotomanga, petit-fils du poète, parvient enfin à persuader ses oncles et tantes de confier les précieux manuscrits au Centre culturel français (CCAC) de Tananarive. L’Institut des textes et manuscrits modernes du CNRS est alors alerté de la disponibilité de ce fonds et une équipe de chercheurs se constitue avec Liliane Ramarosoa, Serge Meitinger, Claire Riffard et Laurence Ink.

Liliane Ramarosoa et Brice Rakotomanga, petit-fils du poète 

Après la publication en 2010 du journal intime et d’une partie de la correspondance, le second tome explore d’autres facettes de Rabearivelo : ses oeuvres de création pure (poésie, récits, théâtre), ses traductions en français de hain-teny (poèmes malgaches traditionnels) ou en malgache d’auteurs occidentaux (Poe, Valéry), sans oublier ses critiques littéraires et ses essais d’histoire. « Je me demande ce qu’il aurait fait à notre époque avec les réseaux sociaux et l’Internet », s’interroge Brice Rakotomanga. Conçu par des chercheurs, cet immense travail de sauvegarde et d’édition est bien sûr destiné en priorité à la recherche, ce qui explique qu’il soit en distribution limitée : 1 000 à 2 000 exemplaires. « Il y a matière à écrire des thèses et des mémoires innovants », estime Liliane Ramaroson. D’autant que le fonds est loin d’être épuisé. « Avec les matériaux restants, il y a encore de quoi éditer un ouvrage », affirme la chercheuse, lequel sera probablement réalisé sur support numérique. En France comme à Madagascar, la sortie du Tome II donnera lieu à d’importantes commémorations, notamment des lectures de textes inédits au musée du Quai Branly à Paris, le 21 septembre, et à l’Institut Français de Madagascar (IFM), le 20 octobre. 

Jean-Joseph Rabearivelo, OEuvres complètes, Tome II. CNRS Éditions/ Agence universitaire de la Francophonie. Librairie Lecture et Loisirs : 90 000 Ariary.

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