Qui sème le vent récolte le boomerang
24 juillet 2017 - Fanahy gasy commentaires   //   758 Views   //   N°: 90

« Ny tody tsy misy fa ny atao no miverina » (rien ne peut s’accomplir, tout retourne contre soi) dit ce proverbe ancien dont l’équivalent pourrait être : « on récolte ce que l’on a semé ». Qu’on appelle ça la « loi du karma » ou l’« effet boomerang » , gare au retour de manivelle !

Pour saisir la portée morale de ce proverbe, il est essentiel de bien cerner le sens du mot « tody » qui en malgache signifie un « objectif atteint ». Mais il peut aussi prendre l’acception de « punition » ou de « condamnation », dans un sens péjoratif puisque se rapportant généralement à un forfait commis envers un être plus faible que soi. « Tsy matao-tody », celui qui « n’a pas peur de la damnation », c’est ainsi qu’on désignait chez les Ntaolo, les anciens malgaches, ces êtres malfaisants et sans scrupules. Vrais gibiers de potence pourrait-on dire, encore que c’est plutôt en balançant le criminel dans un ravin, du haut d’une colline sacrée, qu’on appliquait la peine de mort dans la capitale de l’Imerina.

Sans aller jusqu’à ces cas extrêmes, est « tsy matao-tody » celui par exemple qui maltraite des animaux inoffensifs, comme le zébu exténué qu’on cravache à mort pour le faire aller plus vite. Tous ces êtres sans défense sont désignés comme « tsy tanana andrangotra, tsy tongotra itsipaka », « sans mains pour griffer ni pieds pour donner des coups ».

Face à cette scandaleuse injustice la croyance des Ntaolo était que rien ne se perd dans la comptabilité divine, que le mal qu’on commet se retournera tôt ou tard contre soi. Et Idem bien sûr pour le bien que l’on fait. L’effet boomerang en somme. Et qui n’est pas sans faire penser à cette fameuse loi du « karma » de l’hindouisme et du bouddhisme, sauf qu’en Inde c’est à travers le cycle incalculable des morts et des renaissances que chacun reçoit son dû. Celui qui s’est acharné sur le pauvre zébu renaîtra peut-être dans la peau d’un zébu ou d’une créature encore plus inférieure sur l’échelle de la création…

Les Ntaolo créaient ces dictons très imagés pour mettre en garde la société, dans le but louable de la faire mieux fonctionner. La peur du « tody » incitait à la vertu et faisait que le corps social se régulait de lui-même. Mais aujourd’hui que voit-on ? Les « tody » ne font plus peur ou de moins en moins peur, et ce sont les « taudis » qui prolifèrent ! Faut-il y voir une relation de cause à effet ? Très peu de gens actuellement, riches ou pauvres, peuvent prétendre vivre en sécurité dans le pays. Si les paysans de la brousse ont leurs « dahalo », ces « voleurs de zébus » sortis de leur statut d’antan et devenus de purs bandits de grands chemins, les riches citadins dans leurs beaux 4×4 climatisés ont eux leurs kidnappeurs organisés comme des commandos… N’est-ce ce pas la détérioration du sens moral qui a conduit à la destruction du lien social ? On peut toujours se poser la question. Après tout, « qui sème le vent récolte la tempête »…

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