Pr Andriamanarivo : D’autres siamois à opérer…
16 février 2012 - Associations commentaires   //   1510 Views   //   N°: 25

Séparés en janvier 2009 par une équipe médicale franco-malgache, Mahagaga et Mahalatsa sont aujourd’hui en pleine forme et vont à l’école comme tous les enfants de leur âge. Le Pr Andriamanarivo, premier chirurgien malgache à avoir opéré des siamois, se souvient.

Comment avez-vous appris l’existence de Mahagaga et Mahalatsa ?
Ils sont arrivés à l’Hôpital Joseph Ravoahangy Andrianavalona (HJRA) d’Anosy le 22 juin 2008, amenés par Anjaramena, leur mère. Ils avaient six jours. En terme médical, on avait affaire à des « jumeaux joints », reliés à leur naissance par le thorax et une partie du sternum. Venus de l’Androy, dans le sud de l’île, ils étaient dans un état critique, souffrant de malnutrition et de déshydratation. Les échographies et les scanners ont également décelé une fusion hépatique : ils avaient un foie en commun, ce qui compliquait encore les choses.

Pourquoi l’évacuation sanitaire sur Paris ?
Madagascar n’est pas équipé pour ce type d’opération. Il a donc fallu les envoyer sur l’hôpital Necker qui avait déjà réussi la séparation de deux siamoises malgaches reliées par le ventre et le thorax en 2001. Les jumeaux, leur mère et moi-même avons pris l’avion en janvier 2009 – ils avaient sept mois. À notre arrivée à Necker,

une équipe soignante multidisciplinaire s’est mise en place composée d’une dizaine de professionnels. Je voudrais juste préciser que leur séjour et l’hospitalisation ont été financés par l’État malgache, mais également par un collectif de Malgaches habitant en France qui a beaucoup aidé et aide beaucoup jusqu’à maintenant.

Comment s’est déroulée l’opération ?
L’opération a eu lieu en février 2009. Un exploit médical qui a duré près de trois heures. 

Les deux bébés ont été anesthésiés tour à tour, puis nous avons commencé par inciser la peau à hauteur du thorax afin de séparer leur foie. Ils sont restés une dizaine de jours en réanimation sous assistance respiratoire, avant d’être accueillis dans un centre de convalescence à Versailles. Nous sommes revenus à Madagascar après deux mois de séjour. Comme la mère est très pauvre et n’a aucune famille à Tana, des personnes de bonne volonté se sont mobilisées pour les aider.

La petite famille habite toujours au sein de l’hôpital HJRA. La mère a trouvé un emploi et les jumeaux, qui ont aujourd’hui trois ans, vont à l’école comme tous les enfants de leur âge.

Y a-t-il d’autres cas de jumeaux joints à Madagascar ?
Il y en a beaucoup plus qu’on ne le croit. À part Mahagaga et Mahalatsa, on a eu le cas des deux fillettes d’Ihosy qui étaient reliées par le thorax et l’abdomen, ainsi que deux autres jointes au niveau du bassin. Malheureusement, elles n’ont pas survécu. Madagascar compte un grand nombre de malformations congénitales, tout aussi graves que les jumeaux joints, comme les enfants asexués qui ne possèdent pas d’oesophage ou souffrent de malformations ano-rectales. Notre service de pédiatrie en opère trois par semaine, venus de toute l’île. Les causes de ces malformations sont encore des sujets de recherches.

Propos recueillis par #AinaZoRaberanto 

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