Potamochère, ma chère !
3 juillet 2015 - Fanahy gasy commentaires   //   1074 Views   //   N°: 66

« Lambo mitsako moka, sitrany ahay vazana mihetsika », littéralement « le sanglier qui croque un moustique, au moins il fait bouger ses mâchoires ». Que ceux qui n’ont jamais été dans l’obligation de manger des moustiques, jette la pierre au pauvre potamochère ! 

Voilà, à première vue, un tableau assez insolite mettant en scène un sanglier et un moustique. Et pourquoi pas, me direz-vous ? Les Ntaolo (Anciens) qui vivaient au grand air en savaient bien plus que nous, pauvres urbains macadamisés, sur les mille et une interconnexions du règne animal. En fait de sanglier, il s’agit ici du fameux potamochère (Potamochoerus larvatus), un porc de nos forêts immédiatement identifiable à ses canines supérieures retroussées en défenses et qui est aussi le plus grand mammifère que l’on trouve à l’état sauvage à Madagascar.

A-t-il été introduit sur la Grande Ile il y a quelque 2 000 ans lors d’une vague de migration africaine ou est-il endémique de l’île ? C’est une question que les spécialistes n’ont pas encore tranchée. De fait, on le trouve un peu partout sur le continent noir, et même jusqu’aux Comores.

Le potamochère est perçu comme un animal nuisible pour la flore et la faune des forêts, ayant de l’appétit pour tout : tubercules, champignons, fruits, insectes, reptiles, oisillons… il fait razzia sur tout. Sa viande, elle, est très appréciée par les populations, et même un complément alimentaire non négligeable dans certaines régions. Deux bonnes raisons, en somme, de le chasser, d’autant qu’un mâle adulte peut peser jusqu’à 80 kilos de bonnes protéines ! Contrairement à son cousin, le porc d’élevage, personne n’est à sa disposition pour le nourrir. Il ne doit compter que sur lui-même dans un environnement naturel, hélas, qui ne cesse de se rétrécir du fait de la déforestation et des feux de brousse. Conséquence, le potamochère a de plus en plus de mal à se remplir le ventre.

Quand il n’a vraiment plus rien à se mettre sous la dent, il lui arrive de croquer des moustiques… eh oui les temps sont durs ! C’est très loin de le rassasier, mais c’est toujours mieux que rien. Et au moins cela a l’avantage de faire travailler ses mâchoires en attendant des jours plus fastes. C’est très exactement la signification ironique de ce dicton, qu’on pourrait traduire par faute de grives on mange des merles, autrement dit faute d’avoir ce que l’on souhaite, contentons-nous de ce que l’on a. Ou faire contre mauvaise fortune bon coeur, comme on dit chez les potamochères. N’est-il pas, ma chère ?
 

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