Pique et pique et colégram
11 septembre 2015 - Fanahy gasy commentaires   //   1104 Views   //   N°: 68

Au risque de vous piquer au vif, on va traiter aujourd’hui de deux dictons traditionnels mettant en scène le même animal : le hérisson. À prendre avec des pincettes, à moins qu’il ne s’agisse du fameux tangue à la chair si savoureuse…  

Mason-tsokona, ka izay kely anana no ahiratra peut se traduire par « Le hérisson ouvre le peu d’yeux qu’il a » et Tapindalan- kaleha toy ny sokona manani-bato par « Être dans une impasse comme le hérisson qui essaie de remonter le rocher ». On voit par ces exemples que ce petit mammifère insectivore qui s’aventure souvent près des habitations, était très familier aux Ntaolo Gasy (anciens Malgaches). Sa robe hérissée de piquants a bien évidemment une fonction de protection. Certains ont toutefois pu imaginer que ces épines servaient à récolter de la nourriture, les hérissons étant censés grimper  

sur les arbres, secouer leurs fruits pour les faire tomber et les embrocher pour alimenter avec ces prises leurs petits. Quelle imagination ! 

Le premier proverbe a comme sens évident qu’il faut toujours faire avec ce que la Nature nous a donné. Comme le petit hérisson qui, au contraire de l’aigle, ne voit certes pas en Technicolor et en Panavision, mais dont les yeux minuscules lui suffisent amplement la nuit à distinguer les insectes bons à croquer. Certes, il est plus favorisé que sa cousine la taupe, complètement myope du coup, et pourtant capable de se lancer à la poursuite des vers de terre et insectes souterrains qui osent croiser ses galeries. Le hérisson est ce qu’on peut appeler un glouton, avalant sans distinction insectes, vers, escargots, limaces, oeufs, fruits et baies. Occasionnellement, il s’attaque aux serpents, lézards, rongeurs, batraciens et oiseaux nichant à terre. Ce qui s’appelle avoir les yeux plus gros que le ventre !

Le second proverbe fait allusion aux piètres performances du hérisson quand il est pris en chasse par un prédateur. À défaut de pouvoir gravir une paroi abrupte pour échapper à son adversaire, il se contente de se rouler en boule et de présenter à l’importun une lignée de piquants des plus dissuasifs. Sans doute l’origine de l’expression « se mettre en boule », au sens de « piquer » une grosse colère, vient-elle de là.

Un mot enfin sur le tangue (Tenrec ecaudatus), appelé aussi hérisson de Madagascar, sa terre d’origine, bien qu’il soit d’une espèce différente du hérisson commun. Sa chair est un mets très apprécié des Malgaches, Comoriens, Réunionnais et Mauriciens, et consommé le plus souvent en cari ou en civet. Bref, le hérisson, un sujet inépuisable qui ne cesse de « piquer » la curiosité.

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